Les Beaux dimanches

















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Préparer son bac

Samedi 28 juin 2008

 




B
acchantes

 

 

SCENE 1.

Dans le salon, mère et fille, face à face, les pieds sur la table basse, les orteils fraîchement vernis en train de sécher, bien étalés.

 

La fille, dans l’exaltation d’une péroraison :

 

…et c’est ainsi que Beau-de-l'air nous entraîne, avec cette Invitation au voyage  dans une aventure amoureuse mais aussi intérieure, dans un univers dont la magie tient à la beauté des images et de la musique, hymne à la femme aimée, aux tendres accents de barcarelle.

 

La mère, (rapprochant son nez des notes qu’elle faisait réciter) :

Attention, -rolle !

 

La fille, levant les épaules et les yeux au ciel :

Quel rôle ? T’es pas dans le groupement sur la littérature engagée, là, c’est le lyrisme ! Y a pas le topo sur le rôle de l’écrivain !

 

La mère, prise de fou-rire :…RO…ROLLE ! pas –« relle » ! bar…bar….

 

La fille :  Ça, tu l’as dit ! C’est barbant à mort, ce truc, et il y en a 28 comme ça, parce que, bien entendu, tu vas foutre la pression pour que je les fasse tous…

 

La mère, toujours pliée de rire : Barcarolle ! Tu vois l’effet si tu termines sur un truc pareil ?

 

(Elle s’arrête, prise d’un doute) Au moins, tu sais ce que c’est, une barcarolle ?

 

La fille : Ecoute, j’en ai rien à foutre, moi, c’est un truc du prof, course de gondoles sur les canaux, sans doute…

(geignant)

Bon sang, je ne vois pas pourquoi je ne ferai pas comme Robin, il a appris à fond Candide, sur l’auto-da-fé et il s’y tient. Il va avoir un max sans avoir rien branlé en classe de tout l’année. Il est tellement paresseux qu’il change même pas la cassette de son walkman. La fois où on a eu trois heures de maths parce que le prof rattrapait la grève, il a écouté la même dix fois en boucle !

 

La mère, ton artificiel de qui se force à la patience : Mais tu ne peux pas faire une impasse pareille. Tu vois les chances qu’il a de tomber dessus ? C’est infime !

 

La fille, soudain effondrée : Je l’aurai jamais, le bac, je l’aurai jamais…

 

La mère, au bord des larmes elle aussi : Mais si, voyons, avec la tchache que tu as, je ne m’inquiète pas…

 

La fille, se redressant subitement, prise d’une sorte d’hallucination : Et si je tombe sur Sartre, hein, si je tombe sur Sartre !

(d’un air de résignation indignée et farouche) Alors, là, je les lui coupe et je les lui fais bouffer !

 

La mère, frissonnante d’une horreur grunge, puis reprenant son sens de l’humour: Dis donc, ça risque de pas être évident, parce que les profs, en majorité, c’est des femmes ! ….

 

La fille, à peine consciente de l’interruption :De toute façon, c’est sûr, si j’ai Sartre, je pète un boulon !

 

La mère, tentant de revenir à plus d’efficacité : Bon, alors, tu me récites Rabelais, maintenant, c’est ce qu’on avait prévu.

 

La fille : Ah, lui, faiche, alors ! J’arrive jamais à dire « statologique » !

 

La mère, didactique et résignée :  sca- to- lo- gi-que… Un petit Montesquieu ?

 

La fille : Ah, non, pas ce boulet ! Je le zappe.

 

La mère : Comment ça, tu le zappes ?

 

La fille : J’ai rien de rien sur lui, la prof s’est plantée, elle l’a mis sur la liste, mais on l’a jamais vu en classe.

 

La mère : Mais si tu…

 

La fille : Arrête de flipper, Maman, je vais demander les axes par texto à Kamel. (Elle s’empare de son portable.) Ses sept grands frères, y z’ont tous eu une mention au bac, alors depuis qu’ils stockent, les Abdellakaderaouiche, il a le “ best of ” complet.

 

La mère : Honnêtement, huit jours avant…

 

La fille : Chut, tu me fais tromper, je viens de lui filer un smile au lieu d’un bad ! Ah, voilà !

 

(Le téléphone fixe sonne.)

 

La mère : Allô ?

 

Voix de Lavinia : Je peux parler à Mélodie ?

 

La mère, filtrant, du sucre dans la voix : C’est de la part de qui ? (plus fort) Ah ! de Lavinia ! (Elle attire l’attention de sa fille en moulinant le téléphone)

 

(La fille fait de grands gestes de dénégation avec la tête tout en tripotant le portable)

 

La mère : Euh, non, pas pour l’instant, elle est sortie…

 

Lavinia : Voilà, c’était parce que…Je ne sais pas si vous êtes au courant, c’est pour l’oral, je passe demain matin…Euh, c’est vrai qu’il faut juste répondre à la question du prof, cette année ?

 

La mère, pince-sans-rire : Ben, d’ordinaire, c’est préférable.

 

Lavinia : Enfin, je veux dire, c’est vrai que c’est pas la peine de faire un commentaire ? Les notes qu’on a prises en classe, finalement, ça sert à rien, quoi ?

 

La mère, levant les yeux au ciel : Si tu as des notes, toi, tu as de la chance !

 

Lavinia : Justement…Herbert Berguert, c’est un type vachement sympa comme prof, il a même remplacé un cours pour qu’on puisse aller au concert de Black Sunday, mais il plane un peu, alors, des fois, moi, je ne comprenais pas trop ce qu’il disait, ce qui fait que des notes, j’en ai pas des masses…

 

La mère, ton du médecin de garde au standard du SAMU : Ecoute, tu prends le titre du groupement, et ça devrait t’aider à creuser toi-même tes textes et à prévoir la question du prof.. Suivant le titre, tu démontres que c’est un poème lyrique,  un essai, un manifeste…

 

Lavinia: Oui, mais les manifs, j’y suis pas trop allée, cette année, à cause du bac, justement… Enfin, merci, Madame, je vais envoyer un texto à Kamel.

Vous dites à Mélodie de me rappeler, hein ? 

 

(Elle raccroche)

 

La fille : Ah ! Il a répondu tout de suite. Il est trop trop gnon, Kamel ! Dis, Maman, j’ai trop pas le temps, alors je te file le texto et toi, tu  me fais un truc détaillé, avec les citations ?

 

La mère : Vraiment, tu exag…Enfin, si tu as les axes…Mais, c’est quoi, ça ? (Le nez sur le mini- écran du portable, lisant en phonétique.)

 

               Mont.1) satirsoce.2) lexdumor.

 

La fille : Sais pas…Satyre ? Mais c’est vicieux, ce texte! C’est con qu’on l’ait pas fait en classe s’il y a un satyre !

 

La mère : Mais, non ! "Satire", c’est une critique !…Bon, alors, la “ soce ”, c’est la société.

Mais “ lexdumor ” ?

 

La fille, enthousiaste : La petite amie du pervers, avant qu’il crève?

 

La mère : Dis donc, il est pas obligé d’abréger comme un sauvage, ce Kamel ! Qu’est-ce qu’on fait de ça ?

 

La fille : Eh, attends, il vient de m’écrire qu’il doit filer tous les plans à Lavinia qu’a rien capté, en général, il file pas tout, mais elle passe demain.

 

La mère : Ah, “ lex ”., c’est l’exemple !…Mais du mort, je ne fais rien…

 

La fille : Ecoute, je te laisse découper le cadavre, mamounette chérie, mais sois sympa, fais vite !

 

La mère : Attends, là, ne pars pas, c’est quoi, le titre du groupement ?

 

La fille : Sais pas… Ah voilà “Philosophes et moralistes des Lumières ”.

 

La mère : Je vois ! « Mor ” pour moraliste ! L’ “ ex ” du “ mor ”, c’est l’exemple du moraliste !

 

La fille, les yeux ronds : Eh, ben, si ça t’éclaire, c’est parfait ! Bon, je te laisse. Ecris gros, hein, sinon je ne te déchiffre pas !

 

 

 

SCENE 2 : La fille, allongée sur son lit constellé ainsi que le sol d’une multitude de boulettes de papier brouillon. Elle raccroche le téléphone au moment où la mère arrive avec l’aspirateur.

 

La fille, dans un long hurlement : Môôôômâââân !

 

La mère, sursautant : Quoi ?

 

La fille : Non, mais je rêve ! J’hallucine ! Mathilda, tu sais sur quoi elle est passée, ce matin ?

 

La mère, qui interrompt le geste de brancher l’aspirateur : Non ?

 

La fille : Cette truie ! Sur Michaux ! Non, mais le pot ! Le truc dément où tu peux partir en « live » pendant 40 minutes, si tu veux, total délire…Et elle, au lieu de se cacher d’avoir tant de cul, elle vient me pleurer qu’elle avait fait l’impasse dessus.

Alors, tu sais ce qu’elle a fait ?

 

La mère : Une impro ?

 

La fille : Elle a pété un bouton !

 

La mère : Heu ? Elle a pété un boulon ?

 

La fille : Non, elle a pété un bou-ton ! Un bouton de son chemisier !

 

La mère: ??????

 

La fille : C’est ce qu’elle fait toujours, quand elle sait pas, en classe, avec le prof d’histoire, elle commence à déboutonner son chemisier, et là, au troisième bouton, le bouton a pété et il a sauté à la tête du mec, parce qu’elle, en plus, elle est tombée sur le 1%…

 

La mère : Le 1% ?

 

La fille : Le 1%  de profs mecs…et le type, il l’a pris dans l’œil, et il lui a dit : “ Bon, ça va, Mademoiselle, ça va ” et elle s’est même pas fait charcuter pendant six minutes, à l’entretien !

 

 

SCENE 3 Penchées à la même table, mère et fille travaillent. La mère renoue avec émotion avec Laguerre des Mitards ; la fille, dont les lèvres remuent dans un murmure, apprend ses notes comme des prières. Moment de grande douceur et de complicité.

 

La fille, rêveusement : Dis, dans le Godot, l’histoire de la chaussure qu’il arrive pas à enlever, c’est le petit c du grand B de l’axe I ?

 

La mère, sans cesser d’écrire : Pourquoi ? …

 

La fille : Parce qu’en grand II , grand A, petit c, 3°), on le cite aussi ? Mais pour montrer le côté clown ?

 

La mère : Et  après, on voit la  métaphore…

 

La fille ravie de compléter : … de la souffrance humaine…(soupirant de soulagement, elle s’étire, féline) Aaaah…On l’a eu, celui-là, hein, Maman, on l’a bien eu !

 

La mère, ronronnant de contentement elle aussi : C’est vrai, je le sens bien, celui-là…

 

(Elles soupirent d’aise, ensemble.)

 

 

SCENE 4. Dans la voiture, sur la rocade,, direction du lycée de la banlieue d’une grande agglomération, banlieue diamétralement opposée à celle où vivent la mère et la fille.

La tension dans la voiture est à son comble.

La fille, à l’agonie : Aaaaaaaargh, arrrgh, j’ai tout oublié…

 

La mère, paniquée par le traffic sur la rocade : On sort où ? A la Cépière ?

 

La fille, à l’agonie : J’en sais rien, arrrgh, aucune idée…

 

La mère, qui vient de changer de file trois fois pour gagner une demi-place, jetant des regards affolés alternativement dans le rétroviseur et sur le plan que tient la fille avec des mains trop tremblantes pour permettre la lecture :

 Ecoute, tu es venue pour l’écrit avec Papa, essaie de te rappeler…

 

La fille : Sais plus …Je crois… (hurlant soudain) Et si j’ai Sartre, et qu’on me demande si je l’AIME ? Je dis quoi ?

 

La mère, évitant de justesse un camion et s’engageant sur la bretelle de sortie :

Bon sang, il faut prendre Les Pradettes ou Saint-Cyprien, là, maintenant ?…Eh bien , tu nuances, tu dis que tu admires la puissance polémique de l’écrivain engagé, mais que, toi, tu ne trouves pas honteux qu’un poète consacre sa vie…Je vais prendre Les Pradettes, Saint-Cyprien, ça doit être côté ville, vu qu’ils indiquent le métro…à chercher un langage nouveau, qui lui permette d’ex…Quoique, le métro, il va aussi de l’autre côté, je suppose ? …d’exprimer... Bon, au pif, Les Pradettes…ses sentiments sans autre engagement….

 

La fille, quasi mourante : La puissance bolémique…bolémique...

beau les nique ?  c’est pas un peu familier, ce truc-là ?

 

La mère, par pur réflexe : po…, pas bo…(Elle renonce à critiquer, par égard pour le mascara de sa voisine, dont elle n’est pas sûre qu’il soit waterproof. Peine perdue, d’ailleurs, car la fille se met à sangloter doucement.)

 

La fille : De tout façon, j’ai tout oublié…(Soudain revigorée) C’est là ! Le grand hangar pourrak, là ! Je reconnais.

 

La mère, ravie d’éviter l’explosion de justesse : Alors tu me mets un coup de portable, dès que tu as fini et je reviens te chercher…

(Elle se penche, dans son incurable naïveté, pour une bise d’encouragement, qui tombe dans le vide.)

 

La fille, se rue hors de la voiture :

O.K, surtout, ne sors pas, Maman, Je vois Merlin et Lavinia au bout du parking, ne sors pas, NE SORS PAS !

 

 

 

SCENE 5 : Trois heures plus tard.

 

La mère, arrivant sur les chapeaux de roue, ouvrant la portière à la volée : Alors ?

 

La fille, volubile : Ouais, ben, j’ai eu De Gaulle, alors je lui ai fait tout le machin, l’hyperbole, le rythme ternaire, l’envolée oratoire, qu’il insouffle l’espoir aux Français…

 

La mère : …suffle..

 

La fille : ..insiffle ? Ah, bon ? (changeant de couleur) C’est grave ?

 

La mère : Non, non, continue, c’est un détail…

 

La fille, de nouveau ravie et soulagée :…. l’allusion implicite à Pétain, la célébrité de De Gaulle, que même maintenant toutes les places portent son nom, et après, j’ai eu en question d’entretien sur l’engagement de l’écrivain, elle m’a demandé le texte que je préférais, alors, je ne sais pas ce qui m’a pris, tu sais ce que je lui ai sorti ? Sartre! Je lui ai dit, Sartre ! et je lui ai débité tout le truc sur le beau-les-nique, ça a eu l’air de vachement trop lui plaire, sauf qu’elle, elle dit pas “bolémique ” comme toi, mais “ polémique ” Mais c’est pas grave, hein, si tu t’es trompée, tu m’as trop bien aidée pour le reste, Maman, trop bien…

(Elle lui fait une petite bise sur la joue)

Par contre, par contre…

 

La mère, craignant le pire : Par contre ?

 

La fille :Pour les proba, il va falloir que tu révises !

 

La mère : Pourquoi ?

 

La fille : Parce que Robin, devine ce qu’il a eu…

 

La mère, qui en lâche le volant: Non ! Pas Candide ?

 

La fille : Si ! Et il vient de passer quinze jours à la piscine ! Il est hyper trop bronzé, et moi, à réviser comme un bœuf, j’ai  pris deux kilos, j’ai l’air d’une endive en soufflé. (minaudant) Mais, bon, c’est quand même un beau thon, ce Robin…

 

La mère, assourdie par le vacarme des camions qui klaxonnent après son embardée: Bouton ? Bouton ? Mais s’il a eu Candide et qu’il savait son commentaire, pourquoi il a pété un bouton ?

Par magali duru
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Dimanche 15 juin 2008

Sujet d'étude: l'apologue.

Ecriture d'invention: un projet de BD illustrant un proverbe.


   QUI NE TENTE RIEN N'A(ca)RIEN


1° vignette : Lili, au lit, éternuant. Le ChérideLili à ses côtés dort profondément.

TEXTE : « zzzZZZZZZZ ». Eternuement : « aaaAAAtchoum »



2° vignette : Lili, au lit, à demi-redressée sur un coude, éternuant plus fort. Le ChérideLili ronfle mais change de côté.

TEXTE : Ronflement : « zzzzzzzzz ». Borborygme de dormeur dérangé : « BRRRmmmgl ». Eternuements crescendo : « TCHAAAAA, TCHAAAA ! »


3° vignette : Lili, assise dans le lit, allume la lampe de chevet. Son ChérideLili se retourne en ronflant, et grommelant.

TEXTE : Ronflement assourdi : « zzzz... ». Borborygme crescendo : « bbrrrrMMMGGL  « . Retournement du dormeur : « VLAFF ! ». Eternuement : « AAATCHAAAA ! ».Allumage de la lampe de chevet : « Chclic ! ».


4° vignette : Lili, le nez dans son mouchoir à carreaux largement étalé, éternuant. Le ChérideLili, se redressant, furieux.

TEXTE : Le ChérideLili : « Mais qu'est-ce qui se passe encore, bon sang ? ». Lili, entre deux « TCHAAA ! », « TCHAAA ! » bégaie : « Les acaca, les acaca, les aca...riens... »


5° vignette : Le ChérideLili se lève, excédé. Plan américain sur son pyjama à rayures. On voit sur sa table de chevet l'heure affichée au réveil numérique : « 6h20 ».

TEXTE : Le ChérideLili : « Quoi, rien ? Je vais craquer, moi, toutes les nuits c'est Zola... ».


6° vignette : Tête stupéfaite de Lili. Son ChérideLili enfile un caleçon (les détails intéressants sont hors champ, vu la loi 49-956 du 16 juillet 1949  sur les publications destinées à la jeunesse ).

TEXTE : Lili : « ZolaaaaAAATCHAA ? ». Le ChérideLili : « Oui ! La Bête humaine ! (NDLR: Nous vous conseillons au moins UNE référence littéraire, n'oubliez pas que vous passez votre Bac Français)  Tu crois que c'est facile de dormir avec une locomotive ? Atchou, atchou, tchou,tchou... »


7° vignette : 10h. Lili  (vieux sweat déflanqué, pantalon de jogging pochant aux genoux, un mouchoir sortant à tomber de la poche) ouvre la porte d'entrée d'un grand coup de pied parce qu'elle a les bras chargés d'une pile de livres. Sur celui qui s'est échappé et valdingue dans les airs, on peut lire : « LES ACARIENS,  LA LUTTE FINALE »


8° vignette : Lili, sur le canapé, plongée dans la lecture de « ACARIANS : HOW TO CARE ? ». A ses pieds, une corbeille à papiers pleine de kleenex usagés déborde.

TEXTE : Eternuements : « TCHAAA ! » s'échappant de Lili et entourant sa tête en halo.

Lili lit : « Seul un traitement acaricide nécessitant le diagnostic précis de spécialistes et des interventions soigneusement calculées... »


9°  vignette : Lili téléphone.

TEXTE : « Allô ? Je suis bien à la S.P.A ?  la Société  Paramilitaire contre les Acariens ? Oui, très, très - TCHAAA, TCHAAA - urgent ; venez immédiatement... »


10° vignette : Lili, à la fenêtre, regarde se poser un hélicoptère sur le toit en terrasse d'un immeuble un  peu plus bas.

TEXTE : L'hélicoptère : « VRIIICLAPCLAPCLAP, VRIIICLAPCLAP... »


11°  vignette : Des  hommes en blouse blanche, masqués façon GIGN, pulvérisent tapis et canapé avec de longues lances.

TEXTE : Les lances : «  PCHIIIT », « SCHLUOOUOUOUFFF ».

Lili : «  TCHAAA ! ATCHAA !  AAATCHAA ! »


12° vignette : Lili, seule dans le séjour, pliée en deux par la force des éternuements, lisant la facture.

TEXTE : Lili : «  TCHAAA ! TCHAAA ! 15 532 euros ? »



13° vignette : Lili, plongée dans un autre livre sur les acariens, intitulé « UNE APPROCHE INUÏT DU PROBLEME ».

TEXTE : Lili lit : « Particulièrement à leur aise si les températures se maintiennent entre 20 et 25 degrés, les acariens, en revanche, sont incapables de se reproduire si ces conditions optimales de chaleur et d'humidité... » . Lili réfléchit (bulle nuageuse) : «ATCHAA ! , mais c'est bien sûr !  »



14°  vignette : 19 H30.. Le ChérideLili de Lili  ouvre la porte d'entrée.

TEXTE : « Bonsoir, ma Lililounette, ça va ? »



15° vignette : Dans le séjour. Lili, fraîche et dispose, maquillée, robe décolletée, très sexy, lui sourit. Le ChérideLili, ravi, lui ouvre les bras.

TEXTE : Le ChérideLili : « Oh ! mais ça va bien mieux ! »


16° vignette : Le ChérideLili, se dirigeant par le couloir vers la cuisine à grandes enjambées, agitant une bouteille de champagne. Lili, une main sur la bouche, l'air un peu confus, le retient d'un geste vain de la main.

TEXTE : Le ChérideLili : « Dis donc, ça se fête, je mets ça au frais... » Lili, faiblement : « Attends, je vais t'expliquer... ».


17° vignette : Le ChérideLili, plié en deux d'étonnement devant le frigo qu'il tient grand ouvert par la poignée (mais dont on ne voit pas clairement le contenu). Du froid en sort.

TEXTE : Le ChérideLili : « Mais qu'est-ce que... ? »


18° vignette : Le frigo, grand ouvert, toutes clayettes ôtées et posées verticalement contre le mur, à droite. Il est complètement rempli d'un matelas à rayures, replié sur lui même et bourré dans la cavité. De petits friselis indiquant la présence de vapeurs froides s'en échappent. Ils s'entremêlent aux points d'interrogation sur la tête ahurie du ChérideLili.


19°  vignette : 22 h. Au lit. Lili dort comme une bienheureuse, le nez en l'air, les deux bras largement étalés.

Le ChérideLili est emmitouflé dans la couette, une écharpe autour du cou, un bonnet de ski sur la tête, la goutte au nez et frissonnant.  De petits nuages de vapeur glacés s'élèvent du matelas, identiques à ceux qui sortaient du frigo vignettes 15 et16.

TEXTE : Eternuements du ChérideLili: « AAAATCHOUM ! » répétés, entrecoupés de « GLAGLAGLA ! » sinueux.

 

Par magali duru
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Samedi 14 juin 2008
De toute façon, il n'y a pas le choix.
Il va falloir le passer à la moulinette, ce poème, comme les autres, puis le reconstituer façon rôti de synthèse.
En  attendant, pour le plaisir, le plaisir pur, immédiat, gratuit, intact à chaque lecture, magie opérante malgré l'opération culinaire, le poème.


Un hémisphère dans une chevelure


   Laisse-moi respirer longtemps, longtemps, l'odeur de tes cheveux, y plonger tout mon visage, comme un homme altéré dans l'eau d'une source, et les agiter avec ma main comme un mouchoir odorant, pour secouer des souvenirs dans l'air.
   Si tu pouvais savoir tout ce que je vois! tout ce que je sens! tout ce que j'entends dans tes cheveux! Mon âme voyage sur le parfum comme l'âme des autres hommes sur la musique.
   Tes cheveux contiennent tout un rêve, plein de voilures et de mâtures; ils contiennent de grandes mers dont les moussons me portent vers de charmants climats, où l'espace est plus bleu et plus profond, où l'atmosphère est parfumée par les fruits, par les feuilles et par la peau humaine.
   Dans l'océan de ta chevelure, j'entrevois un port fourmillant de chants mélancoliques, d'hommes vigoureux de toutes nations et de navires de toutes formes découpant leurs architectures fines et compliquées sur un ciel immense où se prélasse l'éternelle chaleur.
   Dans les caresses de ta chevelure, je retrouve les langueurs des longues heures passées sur un divan, dans la chambre d'un beau navire, bercées par le roulis imperceptible du port, entre les pots de fleurs et les gargoulettes rafraîchissantes.
   Dans l'ardent foyer de ta chevelure, je respire l'odeur du tabac mêlé à l'opium et au sucre; dans la nuit de ta chevelure, je vois resplendir l'infini de l'azur tropical; sur les rivages duvetés de ta chevelure je m'enivre des odeurs combinées du goudron, du musc et de l'huile de coco.
   Laisse-moi mordre longtemps tes tresses lourdes et noires. Quand je mordille tes cheveux élastiques et rebelles, il me semble que je mange des souvenirs.


in Le Spleen de Paris, repris en 1864 sous le titre Petits poèmes en prose..

Charles Baudelaire




Et maintenant, les amis, je repars mouliner.... Et je vous conseille de sortir le nez de là et d'en faire de même.

Par magali duru
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Mardi 29 avril 2008

 

Préparer son bac : l'exercice d'invention. La réécriture, la Fable.

 

Supposons que la foudre vienne de tomber sur la salle 117, faisant péter tous les plombs, et surtout ceux de la Mère Machintruc, 132 ans (peut-être 100 de moins d'ailleurs, mais à voir la tête qu'elle a ton estimation est subjectivement juste) et, pour son calvaire tri-hebdomadaire et le tien, prof de français de la 1° S14.

La voici, total hystérique, yeux exorbités, criant pour couvrir le vacarme, en train de réclamer qu'on ouvre les cahiers de textes et qu'on note, pour dans 15 jours, le sujet d'exercice d'écriture suivant :

« Ecrivez, à la manière de La Fontaine, une fable où vous mettrez en scène des personnages contemporains. »

Douche froide. La vie n'est pas toujours une soirée de bienvenue chez les ch'tis.

Que faire ?


Méthode A :

attendre 14 jours trois quarts.

Passer deux heures à demander par MSN et SMS à tous tes potes c'ky zont mis dans la dissert'.

Tout mixer.

Se relire et pleurer en voyant le résultat.

Se coucher vers 3h du mat' après avoir revu 3 épisodes de 24 heures chrono et 2 de Six feet under, régresser est un besoin vital.

Se réveiller en sursaut à 4h pris d'une subite inspiration, descendre à tâtons l'escalier, se beugner dans la petite fable table du salon, allumer l'ordinateur, surfer sur Internet, imprimer La Fille de La Fontaine, héhé, personne n'a jamais entendu parler de cette fable, la recopier à la main en corrigeant l'orthographe, (c'est bien connu, ce type n'a jamais maîtrisé l'utilisation du participe passé, pourquoi il met des -e et des -s partout, -er suffit bien).

Se lever en retard, le crâne en bouillie. Oublier la copie à la maison en partant au bahut.

Appeler Maman pour lui demander de vous apporter la copie à la récré.

Appeler les pompiers, Maman qui a lu le début de la copie semble en proie à une crise cardiaque.

Ne pas arriver à joindre les pompiers.

Rire d'un copain qui prétend que les pompiers, c'est le 18, pas le 911. Il regarde trop de téléfilms, çui-là !

Ecouter patiemment l'infirmière qui t'éponge le nez à l'eau oxygénée t'expliquer que le copain est une brute, mais qu'il a raison en matière de numéros d'urgence.


Morale de l'histoire :

Tu as passé l'heure de maths à l'infirmerie, c'est toujours ça de pris, mais ta rem est en soins intensifs et tu te tapes une tôle en français.

Match nul.



Méthode B, la moins usitée :

Jour moins 14 :

Se demander si La Fontaine a écrit d'autres fables que La Cigale et la Fourmi.

Interroger Wikipedia qui a l'air affirmatif sur ce point.

Jour moins 13

Mener une recherche sherlockholmienne pour retrouver le bouquin de français sous le lit. Feuilleter un quart d'heure, venir au bout du sommaire, découvrir qu'il y a aussi en magasin un Corbeau et un Renard.

Lire Le Corbeau et le Renard.

S'obliger à lire aussi les petits caractères en bas de page et se réjouir de découvrir qu'il s'agit de notes explicatives. Les retraduire en français courant. Quand on comprend que « ramage » veut dire « supertchatche » tout de suite l'histoire est plus claire. Réaliser dans la foulée que Phoenix était un nom d'oiseau branché avant d'être un nom de groupe (branché aussi).

Jour moins 12

Lire aussi une histoire de Grenouille explosive. Puis une autre sur la mort de la femme du Lion. Sursauter en lisant femme. Bizarre de parler de meuf pour un zanimo ?

Fantasmer, on ne sait pourquoi, sur Carla dans son cercueil, Nico faisant raccompagner à la frontière tous ceux qui ne pourront pas présenter leurs mouchoirs en papier trempés de larmes naturelles et contenant leur marquage ADN.

Commencer à comprendre qu'il y a un truc, là-dessous, à creuser.

Jour moins 11

Passer à la Belette, aux Souris, à l'Ane et au Roseau.

Jour moins 8

A la 15° fable lue, se dire que finalement ce La Fontaine était un type plutôt cool dans le style « nature et découverte », ça grouille d'animaux chez lui, on se croirait dans un polar de Dessaint.

Que le papier n'était pas cher à l'époque, il allait à la ligne tout le temps. Une phrase courte, deux longues, pas bête, il variait.

Qu'il avait l'air d'aimer se payer la tête de pas mal de gens.

Penser aux guignols de l'info.

Remarquer aussi que c'était un vrai petit Schtroumpf à lunettes qui adorait donner des conseils à la fin, juste après l'histoire de zanimos.


Jour moins 7 :

Choisir un animal au hasard.

Pif pof, tiens, la gazelle.

Imaginer une gazelle en train de marcher, de courir. Laisser cheminer l'idée de Gazelle.

Réaliser que c'est aussi une sorte de shoes que mettait ta mère quand tu étais petit.

Réaliser que c'est aussi un mot pour parler d'une fille.

Laisser mijoter.


Jour moins 6 :

Reprendre l'idée de gazelle qui court. Réaliser qu'on la voit de dos, parce que ça court toujours vite une gazelle. Penser à une fille qui court vue de dos, Vanessa, Eliza, Mathilda, Naïma.

Surtout Naïma.

Non pas Naïma, si tu la regardes, son frère y t'bute.

Se faire le film quand même.

Naïma qui court vue de dos au cours de gym dans son petit short rose fluo, ses longues jambes bronzées, wouah.

Toi qui la mates.

Le frère. Aïe.

Les potes du frère, merde.

Le prof de gym. Le baraqué, celui qui a de l'autorité, pas le petit mou. Ouf.


Jour moins 5 :

Crayon et papier brouillon.

Démarrer hardiment :

Une gazelle courait.

 

Se dire avec jubilation qu'on a rempli le contrat : un zanimo, une phrase courte, aller à la ligne.

Se la refaire :

Un blaireau la matait.

Zut! C'est un poil plus court, cette phrase-là.  Corriger:

Un blaireau la regardait.

Tenter hardiment d'ajouter une phrase plus longue, comme La Fonfon, pour varier :

Une gazelle courait.

Un blaireau la regardait :

Putain Dieu que son short fluo lui moulait bien les fesses !

Jours moins 4,3, 4 et 1 :

Répéter l'opération pendant 20 vers.


Morale de l'histoire :

Au jour plus 15, choper un 14 ! Trop classe.

 

La Frop de Séfran


NDLR:

Il existe même et là, je suis sérieuse,  au menu de La Fontaine, une fable  Corbeau, Gazelle, Tortue, Rat ...

Par magali duru
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Dimanche 13 avril 2008
A mi chemin entre annale (du Bac français, of course) et amphore (une tête bien pleine), l'anaphore.
Kekcésa?

Wikipedia répond:
En rhétorique,  une anaphore est une variété de figure de répétition, consistant en une ou plusieurs reprises d'un même segment ou d'un même mot, en tête de vers, ou en tête de phrase. Elle rythme la phrase, souligne un mot, une obsession, provoque un effet musical, communique plus d'énergie au  discours ou renforce une affirmation, un plaidoyer.

Ceux qui se sont endormis peuvent se réveiller. Oubliez Wiki. Un bon exemple vaut mieux qu'une définition lourdingue.

Voici l'exemple classique, celui de Corneille, incontournable, mais un peu daté (1640 exactement).
Rome, l'unique objet de mon ressentiment !
Rome, à qui vient ton bras d'immoler mon amant !
Rome qui t'a vu naître, et que ton cœur adore !
Rome enfin que je hais parce qu'elle t'honore !

Un moins classique de ma plume pour rire un peu:

Anna Faure est jolie, elle a de belles formes

Anna forte et sereine croque fort bien la pomme

Anna fort à propos aime séduire l’homme

Anna fore des jours sur une planche d’orme

Anna fore les nuits sur une plate-forme

Anna fors d’amour fou ne clama hosanna

Anna fort et tout haut un hallali sonna

« Anna fors d’ici car ze veux faire un vrai somme ! »

Zézaie son amant las à notre belle Anna.

 

Figure de style, exercice léger?...

On aurait tort de traiter l'anaphore par le mépris.

L'anaphore, instrument de rhétorique, peut être dégainée à tout moment par l'homme politique. Jean Véronis ne s'y est pas trompé lorsqu'il a mesuré celles de Celui dont on ne doit pas dire le nom si on ne veut pas se faire choper par Nicolas Princen.**



* J'ai bien conscience d'attirer sur ce blog avec ce titre de billet une catégorie de la population francophone qui a comme caractéristique d'être née entre 1992 et 1990. Autrement dit, de djeunes fréquentant la classe de Première.
Qu'ils soient les bienvenus!
Comme leurs jeunes et tendres et fines oreilles peuvent l'attester, ils se trouveront ici à l'abri de toute intrusion du Beethoven.

** Nicolas Princen
Par magali duru
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