Les Beaux dimanches

















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Lector in fabula

Lundi 16 novembre 2009
Isabelle Renaud est journaliste et collabore régulièrement à la revue de nouvelles Rue Saint-Ambroise. Elle vit avec sa petite fille en région parisienne.
Arts ménagers
est son premier recueil, publié par les éditions Quadrature qui le présenteront officiellement au salon d’Ozoir la Ferrière le 21 novembre 2009. 



A ce même salon sera remis le prix Ozoir'elles 2009 décerné à Georges Flipo pour son recueil de nouvelles Qui comme Ulysse.

En avant-première, une courte nouvelle, où Isabelle Renaud met en scène un couple qui, entre nous,
file un bien mauvais coton à ne plus laver son linge sale en famille....


La Couette

 


Elle pleurait à gros bouillons. Il s’assit sur le lit, accablé.

— Tes larmes m’insupportent.

              L’éclat de méchanceté qui luisait dans ses yeux la frappa en plein cœur. C’était la première fois, chez lui, qu’elle voyait ça. Le lendemain, elle emmena la housse de couette et les taies d’oreiller chez le teinturier.

— J’ai tout passé à 90 degrés mais ça ne marche pas. Le blanc est jaune, vous voyez. Et il y a au milieu cette tache marronnasse… vous croyez qu’on peut l’effacer ? Vous croyez ?

              Il se tenait debout à côté d’elle, dans sa veste en cuir noir trop droite, et il ne disait rien, il regardait le teinturier d’un air crispé. Le teinturier était petit et chinois, il ne parlait pas bien français, il hochait la tête et disait « c’est ok ». Elle répéta sa question sur un ton insistant, puis elle comprit qu’elle n’obtiendrait pas de réponse différente. Alors elle paya et sortit. Il marchait sur ses talons, silencieux. D’un pas mécanique et régulier. Le boulevard de Charonne déroulait autour d’eux ses échoppes poisseuses. Elle se lança dans un monologue hasardeux au sujet des taies d’oreiller.

— Je ne sais pas pourquoi ça a jauni comme ça, si ce sont nos cheveux qui font ça, on n’a pourtant pas les cheveux sales, je me demande si on peut ravoir cette salissure, si c’est de la crasse incrustée ou si c’est juste l’usure qui produit cette couleur-là.

             La chanson de Souchon lui revint à l’esprit comme pour se moquer d’elle.

« Est-ce qu’on peut ravoir à la machine

Les sentiments

La blancheur qu’on croyait d’origine

Avant »

          

Alors elle se tut et désinvestit subitement la taie d’oreiller. Elle ne crut plus en l’amour de cet homme qui se tenait raide et plein de tristesse à ses côtés, et elle le haït toute l’après-midi sans mot dire, sans faiblir...

 


Isabelle Renaud

 


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   La couette, nouvelle extraite d'Arts ménagers, Isabelle Renaud, éditions Quadrature,- 15€  - ISBN 978-2-930538-06-8

 

Commande directe chez l'éditeur par courriel à quadraturelib@gmail.com

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Par M agali
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Vendredi 25 septembre 2009

Enfin !
Le premier recueil de nouvelles de Patrick Ledent va sortir !

Très exactement ce dimanche 27 Septembre 2009, au centre Wallonie-Bruxelles qui propose une après-midi littéraire de 15h-18h (46, rue Quincampoix - 75004 Paris - M° : Châtelet-les-Halles, Rambuteau, Hôtel-de-Ville).

Ce « nouvel auteur » est en réalité un vieux routard, un nouvelliste aguerri, primé à de nombreux concours.
C’est que le liégeois Patrick Ledent a été bonne école: celle d’André Blavier, fondateur de la revue Temps Mêlés, correspondant de l’Oulipo et ami de Raymond Queneau, Ce funambule de l’écriture, ce ravagé de l’intrigue tordue, ce clown blanc du verbe, comique irrésistible, poète et philosophe tout à la fois, sait tout de ce qu’on peut faire dire aux mots quand on les saisit à bras le corps et au pied de la lettre.

Voici la présentation de son éditrice à laquelle je n’ajouterai pour le moment que mon témoignage, mon propre plaisir de lectrice avide: j'ai dévoré ce recueil en deux soirées et je vais ... le relire.

" Une écriture enlevée, alerte, colorée d’un humour souvent noir emporte le lecteur dans les dix-sept histoires qui composent Joli coup. En surgit un monde loufoque, drôle, voire poétique, parfois légèrement surnaturel, toujours décalé. Les personnages de ce recueil n’en sont pas pour autant étranges. Il s’agit du commun des mortels, de nos contemporains : notre voisin, le postier, le guichetier de la banque du coin, la prostituée, le soldat, l’employé de la SNCF ou la caissière de notre supermarché. Ils évoluent au fil de monologues et d’aventures dans lesquelles l’auteur nous embarque avec dérision et cynisme.
Les nouvelles de Patrick Ledent, qu’elles empruntent au genre policier, au récit réaliste ou au conte fantastique, nous font basculer dans un univers singulier. ...Si Patrick Ledent maîtrise parfaitement l’art de la chute, grâce à une construction très concertée qui tient le lecteur en haleine, il sait aussi faire savourer la langue à travers néologismes, mots-valises et jeux de mots. ..
Sous la légèreté et la quotidienneté, c’est d’une plume mordante que Joli coup s’attaque à quelques petites angoisses comme le cancer, le chômage, la guerre, l’argent ou son absence, l’économie, l’éducation, la violence ou la difficulté des relations humaines. Dans l’invective ou la jubilation verbale, l’auteur s’inscrit à la suite des humoristes qui, depuis Swift, dénoncent les plaies du monde moderne avec savoir-dire et élégance :
«Pour autant, je n’en voulais à personne. J’avais si bien essoré le temps, si bien égoutté chaque seconde que je savais mieux que quiconque combien la vie est riche, imprévisible et fantasque. Émancipée et victorieuse. Combien elle se moque des révolutions solaires et lunaires. De toutes ces planètes qui tournicotent autour du soleil et sur elles-mêmes, cherchant un mouvement qui les rassure, une équation qui les apaise ou une réponse à leur errance stérile. Combien les hommes se trompent en levant les yeux au ciel, quand ils devraient les baisser ; combien ils se fourvoient en s’émerveillant de la trajectoire des astres, quand la leur est tellement plus libre, plus folle et poétique.»


Magali Duru 

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Joli coup, Patrick Ledent, éditions Calliopées, septembre 2009.






Par M agali
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Mardi 22 septembre 2009
Quelque jour, disais-je il y a quelque temps, je vous parlerai des nouvelles de Jean-Claude Dunyach.

 Quand je me sentirai à la hauteur de la tâche, immense comme son talent. Car comment parler de ceux qui nous dépassent,  que dire d'un nouvellistepoèteromancier de génie aussi à l'aise dans l'humour, la fantaisie, le fantastique que dans la poésie?
Le mieux est de le laisser parler.
Et donc d'aller le rencontrer et l'écouter en octobre au salon du livre de Gaillac (3 et4 /10/2009).  Son pote Ayerdhal sera aussi, vous aurez sous la main et à portée d'oreille deux géants de la SF française contemporaine. Mais pas que, puisqu'Ayerdhal est aussi un maître du thriller mâtiné de roman d'espionnage, comme l'atteste l'excellent
Transparences (Au diable vauvert, 2004).

Si vous êtes trop loin ou occupé, plongez-vous dans l'un des recueils de nouvelles de Dunyach, n'importe lequel.
Vous avez le choix, de
Dix jours sans voir la mer à Séparations, en passant par La station de l'Agnelle et par l'extraordinaire Déchiffrer la trame, que je vous conseille de lire en dernier, pour ménager le crescendo vers l'extase.

De Jean-Claude, ce cadeau pour les lecteurs de mon blog, cette page de journal de voyage/carte postale...

Après les mondes engloutis, les étoiles mortes comme les étoiles mourantes,  cet éternel voyageur
de la stratosphère s'est embarqué pour une drôle de planète...



From Amsterdam with love



Je suis à Amsterdam depuis quelques heures et j’ai déjà la tête remplie d’images, sans oublier quelques fous-rires – et un grand moment de poésie…
En sortant de l’université (qui se traverse, car elle occupe tout un pâté de maisons et elle est difficile à contourner) je tombe sur une convergence de roses. Trois dames âgées, assez dignes, venant de trois directions différentes, se sont dirigées vers le même petit pont qui enjambait le canal. Elles étaient toutes les trois vêtues de rose, des nuances un peu délavées, un peu passées, mais néanmoins lumineuses sous le soleil de l’après-midi. Je les ai regardées se rapprocher, je me suis dit que le choc des nuances allait être explosif, que ça allait clasher sévère, comme dirait ma fille I... Et bien non, ce fut simplement troublant, un peu miraculeux, ces trois roses sur le même pont, un instant regroupées avant de se séparer.
Quelques centaines de mètres plus loin, un autre grand moment de poésie… D’un genre différent. En vitrine d’un sex-shop de luxe, il y avait un sex-toy ultramoderne, à la forme totalement épurée, façon Bauhaus recarrossé par Stark, que l’on sentait bouillonnant d’efficacité, paré pour d’interminables chevauchées crépusculaires vers l’horizon événementiel du trou noir. À côté, une pancarte disait, en anglais : nos vendeurs recommandent d’utiliser des piles DURACELL.
J’en ris encore…
Et, quand on a fait abstraction des touristes – il me faut un quart d’heure, environ, sauf quand ils sont trop bruyants – il reste les regards des gens, la grimace indignée d’une dame dans sa vitrine devant trois bébé-goths d’une douzaine d’années à peine ; le gamin derrière un vélo, la tête recouverte d’un casque de pompier tout doré, qui se pavanait avec un sourire de vainqueur ; les reflets dans l’eau ; l’eau, sans reflets. Les néons qui se brouillent dans les flaques et la musique qui vient d’un peu partout, mêlée au tintamarre des vélos. Amsterdam est rempli de superflu, avec une innocence de gamin aux mains pleines de jouets. J’y ai habité six mois, durant ma thèse, et j’en garde une nostalgie qui a du mal à s’effacer.
Je suis dans un hôtel en plein centre, pas très loin du Béguinage. On a déplacé ma librairie américaine préférée – j’y ai croisé Peter F. Hamilton, une fois – mais le disquaire indé est toujours au même endroit, avec ses sous-sols remplis de trésors. J’ai demandé mais les Nits ne joueront pas pour la fête de la musique, on dirait. Dommage.
Je sens que je vais repartir marcher, mais de l’autre côté, vers le port. La nuit tombera bientôt, et les lumières sur la mer sont magnifiques.
Aujourd’hui, je suis emprisonné dans une réunion interminable, alors qu’il fait grand bleu sur Amsterdam, dehors, et que je n’ai même pas vu la moitié des expos que je voulais. Mais je suis responsable de tâche, donc obligé d’être là d’un bout à l’autre, de prendre l’air intéressé et de poser des questions fines et pertinentes, légèrement déstabilisatrices dans le bon sens du terme, mais néanmoins constructives, tout en rajoutant des post-it multicolores empreints de sagesse et d’enthousiasme sur le mur de brainstorming qui occupe tout un pan de la salle.
Ai-je précisé que je porte une cravate ?
Samedi soir, c’était la fête de la musique, mais il n’y avait aucun groupe dans la rue, ou presque – les restaurants les embauchent tous pour la soirée. Alors je suis allé dans le squatt d’art moderne un peu plus bas que mon hôtel, dans un quartier à l’écart des néons… Le squatt est un bloc de bâtiments abandonnés dans les années 70, récupéré par deux générations successives d’artistes de la rue, et racheté en 2008 par une multinationale quelconque qui cherchait à s’implanter. Le truc est donc devenu un symbole de lutte anticapitaliste, avec lutte contre l’expulsion, happening, etc. Et plein de graphs partout, de l’espèce arty, dont un immense serpent Kundalini en travers de la façade, qui fut peint dans des conditions acrobatiques ;-)
La musique était assez métal, mais « en boîte », pas de groupes lives. J’ai écouté quelques productions locales mais rien ne m’a chatouillé délicieusement. Alors je suis reparti marcher au milieu des bruits de sonnettes de vélo…
Hier, j’ai traîné au Van Gogh museum (exposition d’Odilon Redon passionnante, je n’étais pas fan de son symbolisme vaguement préraphaélite mais ses natures mortes sont époustouflantes), avec une section réaménagée qui monte tout le travail d’analyse d’une toile pour savoir si elle est bien de Van Gogh elle-même. C’était fascinant parce que le tableau en question a été recouvert, par Van Gogh lui-même, donc on ne peut pas l’examiner par des moyens trop destructifs car il y a un autre Van Gogh dessus ! Donc échantillonnage par prélèvements microtomiques, techniques RMN et toutes les formes possibles d’échographie, et une enquête à la fois artistique – est-ce « dans la démarche de Van Gogh » ? A priori pas vraiment, mais… – et historique – on a plein de papiers sur sa vie, donc on cherche à savoir si c’est bien lui qui a peint ce truc ou s’il s’est contenté de recouvrir une toile préexistante.
Le tout, évidemment, pour un tableau que personne ne verra jamais.
Et j’ai aussi accompli une mission d’importance : j’ai trouvé mon cadeau de la fête des Pères, il est tellement hideux que mes filles seront fières de moi… Nous avons une tradition depuis neuf ans (elle a commencé à l’île Maurice) : pour chaque événement important, Noël, anniversaire, et désormais fête des pères, mes adorables péronnelles m’offrent l’objet le plus hideux disponible dans un rayon de quelques kilomètres de l’endroit où nous nous trouvons. Il faut que ce soit local, premier degré à mort, et insoutenable de hideur. Elles sont très douées (j’ai ainsi un Dodo en pâte à modeler multicolore acheté à Maurice, qui LOUCHE – c’était le seul de la boutique, l’œil était mal collé. Elles ont fait tous les rayons pour le trouver.)
Donc le défi était d’importance car Amsterdam offre énormément d’opportunités. J’ai longtemps hésité devant les pantoufles en forme de sabot, taillées dans de la mousse polystyrène jaune vif, avec un petit moulin qui tourne sur le dessus ; j’ai hésité devant un pistolet à moustiques (très pratique, malgré l’aspect gadget à deux balles du truc) et j’ai trouvé mon cadeau dans une petite boutique près de la gare. C’est indescriptible, et c’est aussi bien, crois-moi.
Ce soir, l’esprit libre, je pourrai aller marcher le long des canaux en regardant à travers les rideaux de gaze les salons hollandais impeccablement rangés où la famille se réunit rituellement pour montrer sa normalité. Ensuite, les Hollandais se replient dans la zone sans ouvertures de leur maison pour se livrer à des perversions inavouables dont on ne parle jamais qu’en chuchotant. Et les maisons sévères, penchées au-dessus de l’eau, s’éteignent une à une comme on souffle une bougie. Accompagnée d’un gros cornet de frites à la mayonnaise sucrée au curry, c’est une balade tout à fait dépaysante.

Jean-Claude Dunyach




Par M agali
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Jeudi 28 mai 2009

Dieu s’offre une demi-douzaine de belons plus un verre de blanc sec, à la brasserie du Pont-Neuf.

Un motard brûle le feu rouge et, rugissant, fonce quai de Tounis, après le pont, rasant le nez du 78. Pour lui, la mort, bientôt.

Ce jeune type, portable à l’oreille, qui marche sur le trottoir en parlant. Allez, la mort pour lui aussi, bientôt. Une question d’heures. C’est ça le destin.

Il lève son verre. Laisse passer une flopée de promeneurs et de voitures. Ceux-là, qu’ils vivent. Grand bien leur fasse.

La femme à pied qui semble chercher une adresse et qui entre au siège de l’association à côté de la brasserie, il lui donne encore une chance. Elle a l’air d’une femme battue.

Garée au feu, maintenant, une belle Mercedes blanche. Dieu est assis à hauteur du conducteur et de son passager. Le premier, jeune homme aux cheveux mi-longs châtains, foulard élégant noué au cou. L’autre est plus âgé, chauve, il fume le cigare et sa main vient caresser les cheveux du premier. Dieu décrète la vie pour le premier, la mort pour le second. La Mercedes redémarre, meute des autres candidats à la roulette divine aux trousses.

C’est un jeu con que de décréter qui va mourir et qui va vivre. D’accord, c’est un jeu con. Dieu est con. Il l’est tellement qu’il fait également partie des statistiques. Quelqu’un peut pointer son doigt sur Dieu et l’envoyer à son tour à la trappe.

Il règle sa note. Il sort. Il croise un jeune clodo qui ne lui demande pas la pièce. Celui-ci, comme la femme précédemment, entre à l’Oreille d’or, où quelqu’un va l’écouter exposer ses problèmes, le consoler, le conseiller. L’Oreille d’or, un nom bien trouvé pour une association dont le but est d’aider les malchanceux.

En remontant vers Esquirol, il voit une Espace grise des Pompes Funèbres rouler dans le flot de la circulation.

Clin d’œil de la réalité. Puisqu’il pense à la mort, la mort lui fait coucou. Un signe pour lui dire qu’on approuve son jeu con.

Et si le destin marchait aussi de temps en temps à l’envers ? Dieu sort de la brasserie des Beaux-Arts, il s’est payé dix minutes de bon temps, il est d’attaque pour la suite du programme, il peut bien se fendre d’un beau geste, non ? Allez, va. Il imagine un gosse dans le corbillard plutôt qu’un vieillard, un gosse mort trop tôt. Il décrète sa résurrection. Qu’est-ce que ça coûte ? Rien. Qui se plaindra que le destin marche de temps en temps à reculons ? Personne. Faire un miracle, c’est un peu moins con que le jeu con où l’on choisit qui va mourir.

Il rote. Le blanc sec et l’iode des huîtres remontent lui rappeler qu’il n’est pas qu’une entité abstraite.

Dieu est un con plein de bons sentiments.

Un con tout de même.

Et un flic.

Dieu, prénom Franz, est officier de police judiciaire au commissariat central de Toulouse.

Jan Thirion

Vous venez de lire l'incipit du nouveau polar de Jan Thirion, Dieu veille Toulouse, qui vient de paraître à l'Ecailler du sud. Si après ça vous n'avez pas envie de le commander séance tenante à votre libraire pour savoir la suite, c'est que vous êtes aussi c... que D...

La chronique d'Actu-du-noir



Par M agali
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Mardi 19 mai 2009


Non, les poètes n'ont pas tous disparu. Et les survivants ne portent pas forcément la mèche en pétard, la lavallière artiste et le verbe haut (j'en ai vu un, au Salon de Villeneuve sur Lot, mais de celui-là, je n'ai rien à dire).
Mon voisin de droite avait l'air tout à fait normal (si la gentillesse vraie, la politesse exquise, l'érudition sans prétention et l'humour discret sont choses "normales"!)
Priée de lui attribuer un métier, j'aurais parié que cet auteur d'une dizaine d'essais, recueils de poésie, récits de voyage et romans, critique littéraire et journaliste était, disons, euh.. prof de maths philosophiques? Capable en tout cas de démontrer, mais je m'en doutais déjà, qu'il y a dans la vie comme un petit "problème de calcul".

 


 

 

 


Una problema de calculo, Eduardo Jordà, poème extrait du recueil Instant

(éditions Les Amis de la Poésie, Le Poémier de Plein Vent, traduction Renée Sallaberry)


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Au salon de Villeneuve, Eduardo présentait:

 Mais ça arrive / Eduardo Jordá ; poèmes en éd. bilingue, trad. de l'espagnol par Renée Sallaberry.
 Gardonne : Fédérop, 2006. - 109 p. ; 21 cm. - (collection Paul Froment).
ISBN 2-85792-166-7







Par M agali
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Mardi 12 mai 2009
Il était sur ma pile à lire en attente depuis le salon de Balma.
J'ai eu le malheur de le feuilleter hier matin... Fin de l'attente (et de l'espoir de m'occuper sérieusement d'autre chose pendant deux jours)


Le petit inspecteur un peu fêlé muté à Toulouse depuis la fin de la guerre (la Grande, celle de 14-18) a tout pour déplaire à ses coéquipiers comme à sa hiérarchie. Au lieu de paresser au poste, cet allumé a le toupet de prendre au sérieux les appels et de vouloir toujours déterrer les vérités pas trop bonnes à dire. Avec son costume défraîchi, sa chemise de la veille, sa barbe jamais faite, il lui serait difficile d'être apprécié d'un commissaire qui réclame à ses subordonnés plus d'obséquiosité que de zèle. Plus imprégné d'alcool dès le matin qu'un foetus avorté dans un bocal il lutte (soyons francs, il ne lutte même plus) contre d'autres addictions pires. Ancien combattant, il ricane goguenard (il le paiera cher) devant la répétition des célébrations du 11 novembre qui agite vertueusement les ex-embusqués...
Mais comme c'est un acharné, ce teigneux à qui il reste assez de flair pour renifler sous les faux suicides et prétendues crises cardiaques les petites et grosses embrouilles d'une bourgeoisie sûre de ses privilèges, comme il n'a plus rien à perdre, ayant déjà tout perdu trois ans plus tôt dans une tranchée de Champagne, il résoudra les énigmes et mènera son enquête jusqu'au bout. Affrontant le silence implacable que lui opposent les mandarins de l'Ecole vétérinaire, cette forteresse dans la cité.

En résumé, une très bonnne intrigue, originale, qui mêle pour les dénouer, en jouant de l'une sur l'autre, les deux fausses morts "naturelles "d'un huissier coureur de jupons et d'un professeur de pathologie animale très cordialement détesté par ses collègues.
Voilà pour le polar.


Côté roman historique, c'est un sans fautes, avec la résurrection par petites touches précises et réalistes,du Toulouse des années 20. Les premiers orchestres de jazz, la projection en extérieur d'un Charlie Chaplin au "titre anglais incompréhensible", les petits garçons en costume marin qui jouent au cerceau dans les allées du Jardin des Plantes... Une ville sillonnée de tramways, grise des fumées de cigarette et d'usines, où il fait froid dans les chambres de bonnes et d'étudiants sous les toits, une ville qui parle français mais juge et raille en occitan, nourrie de l'afflux des paysans d'Ariège ou d'Aude, où l'on cultive son jardin familial aux alentours de Fontaine-Lestang. Pas un gramme de carton pâte, pas une touche de "rose pour se faire plaisir", même si le regard  ironique de l'auteur reste tendre, ou amusé, même si en traversant le Pont Neuf, là où Toulouse "peut se prendre pour un port", le narrateur s'arrête devant le saisissant spectacle de la rive gauche: "les premiers rayons de soleil se sont faufilés sous les nuages pour venir frapper la chapele de La Grave, surmontée de son imense dôme, [ce]chapeau de verre porté par de grands vitraux multicolore, qui émerge tel un phare antique".

Reste l'essentiel. Soit le portrait d'un homme qui revient des Enfers. Un solitaire, perdu pour tout, sans espoir de carrière, ni d'amour, d'une terrifiante lucidité. Un homme à qui on a ôté toute capacité à espérer... Qu'est-il arrivé à notre petit inspecteur pour qu'il se dise "déjà mort?"
Les contours de cette troisième énigme, la plus atroce de toutes, se dessinent  peu à peu
en filigrane de l'intrigue policière, par rapides et terrifiants flash-back de la Grande Guerre ans lesquels Séverac montre une maîtrise consommée, à la hauteur du sublime Tranchecaille de Pécherot.
Son dévoilement final sera l'apogée du roman.


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Benoît Séverac Rendez-vous au 10 avril, Editions TME

Le 13 mai à18h, rencontre avec Benoît Séverac, Jan Thirion et Dominique Delpiroux à la Librairie La Renaissance.

Lire la critique d'Actu-du noir.



Par M agali
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Dimanche 12 avril 2009

 Un odieux personnage vient de traiter mon blog de « pas racontable » !
 Inutile de dire que j’en suis plus que fière, puisqu’il s’agit de Georges Flipo.

 Comme tous les écrivains, Georges est un hypersensible, peu doué pour la frustration. Et comme il a fait vœu d’être odieux, c’est quelqu’un qui ne peut pas supporter qu’on ne le considère pas comme tel, et à qui je ne ferai pas cet affront.

 Que son odiosation (à personnage fort, néologismes obligés, n’étant pas sûre du suffixe, j’en essaierai plusieurs…) baisse légèrement en Bourse, qu’il se soit laissé aller à un peu de gentillesse native ? Vlam, il balance sur la table quelques milliards d’odieuros, plus vite qu’Obama ne sort ses dollars en temps de crise.  Le résultat, c’est qu’il tient un blog à taux d’odiosité constante et bon sang, ce que ça fait du bien, ce que c’est rassurant, en ces temps de dégringolade des courbes, ce que c’est rafraîchissant, à côté des jérémiades de tous ces gens odieux sans le savoir sans le pouvoir et sans le vouloir, à côté de ces sinistres et hypocrites petits amateurs d’odiocentrisme non avoué. 


Je ne saurais vous dire quel est le tour de main, le secret en est bien gardé. Il y a tout de même un ingrédient de base, un invariant : l’odiosité (forme avancée de  la charité, je le démontrerai tout à l’heure) doit commencer par soi-même.
Or Georges paie de sa personne.
L’un de ses romans ou recueils de nouvelles a-t-il raté un prix ? Il nous le dit, nous le savons.
Quelque autre recalé du prix du polar du Quai des orfèvres raserait les murs du 36 en sifflotant ? Pas Georges !
Quelque autre débouté du Goncourt de la nouvelle s’en irait en (gon)courant ? Pas Georges !

 Après s’être bien déglingué (on n’est jamais si bien servi que par soi-même), il finit le travail en s’acharnant sur ses alter egos. Qui est plus proche d’un auteur que son héros, en effet ? Et qui en prend plus sur la gueule que le héros flipoyen ? (celui-là, de suffixe, je le revendique, je le brevète).
 Ceux qui ont lu le  Vertige des auteurs se souviennent du triste destin de ce nouvelliste sans espoir, romancier sans éditeur, écrivain sans public, mari dupé. Ceux qui se sont délectés des nouvelles de La Diablada, de Qui comme Ulysse  ou de  L’Etage d’Odieux, oups, pardon,  L’Etage de Dieu, n’ont pas souvent vu de rescapé au très fréquent unhappy end.


Qu’ils se précipitent sur son dernier roman, paru chez le Castor Astral, Le film va faire un malheur
Alexis n’y est  guère mieux traité. Le héros flipoyen est veule, ambitieux et sans scrupules. Ah, ah ! Un héros moderne, alors ? Eh non, parce que maladroit en diable, du type de « ceux qui n’en ratent pas une » : que son premier film ait quelque valeur pour un jury d’art et d’essai, paf, il se prend les pieds dans le tapis, se débrouille de donner l’impression d’avoir magouillé et perd le trophée mérité. Et pendant 200 pages,ce manipulateur déclaré se fait superbement avoir par un petit malfrat.
Alexis, qui ne compte que sur la chance, trouvant superflu d’être honnête, aimant crédible ou cultivé, -Vous avez dit « odieux » ? Moi aussi-, se révèle toujours aveugle quand elle s’offre à lui, même sous les traits de la sage et jolie Clara (Georges trouve moyen de rester toujours galant avec  les dames, tout en peignant les portraits au vitriol d’une galerie d’idiotes). Il n’est même pas grand dans le Mal, Alexis : ses dents sont longues, mais d’un cm de moins que celles des autres,c’est un jouisseur, mais sans désherbant à  fleur bleue, c’est un cynique, mais qui trouve toujours plus chien que lui.


Evidemment, le lecteur rechigne. Comprenez-le, le lecteur, quand il lit, fût-ce Flipo, il veut s’identifier au héros, il veut se sentir pousser du biscoto, de l’intello, de l’ambitio, de la promotio, il veut sentir gonfler son ego . (J’avais une autre rime en -o, mais je ne politiserai pas le débat).
Il veut se voir en ce miroir, le lecteur. Et il s’y voit, mais c’est celui, grimaçant et ridé et épouvantable d’un vieux Dorian Gray tout gris, ouille que ça fait mal ! (Voui, mais c’est du bon mal, c’est une leçon de morale gratuite et c’est là qu’est la charité promise au § 2).

- Odieux, murmure alors le lecteur, qui se tortille pour sortir du cadre, ne pas se voir, avec ses petites compromissions, ses à peu près, ses petits désirs fous de gloire à bas prix, argent facile et réussite. Sans compter la ride, là, au coin de l’œil, va te cacher, sale bête.


Et Georges de rire. Odieusement.

 

Magali Duru



 

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Le film va faire un malheurvoir le blog de Georges Flipo


Qui comme Ulysse:  lire l'article sur ce blog


 


Par M agali
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