Alertée sur l'affaire Garcia, relayée par un certain nombre de sites, et
récemment par Pierre Assouline, je vous en avais fait part.
Histoire de lui manifester mon soutien et de voir les réactions de ses adversaires de plus près, j'ai attrapé ma souris, me suis vissée devant mon clavier et j'ai écrit à Moulinsart, SA (ce que
chacun peut faire en envoyant son mail à info@tintin.com ) demandant où était l'intérêt d'accabler un homme à l'issue d'une décision de justice tout de même très controversée, un écrivain dont il
est notoire qu'il ne possède pas les 40 000 euros de "dommages et intérêts" demandés.
Deux heures plus tard.. Alain de Kuyssche himself, (et sinon lui, en tout cas, quelqu'un m'écrivant de alain.de.kuyssche@moulinsart.be) me répondait :
« Nous aurions aimé un geste de la part de M. Garcia qui n’aurait pas été la sortie de deux nouveaux
ouvrages s’inscrivant dans une longue histoire, faite de provocations successives. En effet, alors que M. Garcia nous proposait d’arrêter définitivement la publication de nouveaux ouvrages (en
échange de l’abandon de notre demande d’exécution de la sanction décidée par les tribunaux), il préparait ces deux nouvelles publications. Elles furent proposées aux lecteurs dès le 30 octobre,
soit deux jours après le commandement d’huissiers. Vous comprendrez que ces faits n’établissent pas un climat de confiance. »
Je fais alors remarquer qu’il inverse les situations :
« Est-ce à [Bob Garcia]de faire des "gestes" envers une firme florissante au chiffre d'affaires
confortable, quand il est sous le coup d'une saisie de ses biens propres? la clémence ne sied qu'aux grands, les petits n'en ont ni l'usage, ni les moyens. »
Et je tente d’obtenir des éclaircissements :
« Vous arguez de deux ouvrages récents sur Tintin, publications qui auraient eu lieu au moment où est lancé l'ordre de saisie. Pourriez-vous, je vous prie, m'en donner les titres
et me préciser la maison d'édition? Car l'auteur dément avoir fait d'autres publications que celles qui ont été incriminées. »
La réponse ne se fait pas attendre, sous la forme d’un flot de bavardage
apologétique :
« Moulinsart, « firme florissante », emploie 150 personnes, qui vivent de la défense et de
l’illustration (ne prenez pas ce mot pour de l’ironie déplacée) de l’œuvre d’Hergé. Depuis une vingtaine d’années, nous nous attachons à défendre une certaine qualité, à la promouvoir et, en ces
temps difficiles, à mettre cette qualité à la portée du plus grand nombre.
Nous ne nous sommes jamais opposés à la liberté d’expression, et même si nous regrettons l’existence de
certains ouvrages tendancieux, nous n’avons entrepris aucune action à leur encontre, pour autant qu’ils ne cèdent pas à la diffamation et autres atteintes à l’honneur des personnes, au titre que
l’entendent les lois.
Vous comprendrez aussi que nous n’éprouvions aucun désir de cautionner des ouvrages hostiles ou
dénigrants en leur accordant le droit de reproduction de visuels extraits de l’œuvre d’Hergé et gérés actuellement par Moulinsart. Il y va de notre crédibilité, de notre survie et de l’emploi de
150 personnes. »
Par contre, pas plus de mention des deux titres incriminés que de jugeotte dans la cervelle des
Dupoont/d.
Je réponds donc, sobre, mais efficace (pensè-je) :
"Monsieur,
Vous ne répondez pas à la question précise de mon mail précédent : comment s’intitulent les deux nouvelles publications que vous attribuez à Monsieur Garcia ?
Tenons nous-en aux faits, je vous prie."
Et il me semblait qu'aucune esquive n'était plus possible.
Eh bien, si!
De Kuyssche gémit alors, accablé :
« Je croyais avoir répondu aux contre-arguments que vous avanciez dans votre lettre.
»
et tente un autre essai désespéré de décentrage :
« Voici, en copie, un message de Léopard Masqué, auquel je laisse la seule responsabilité de ce
qu’il avance. Force m’est de constater que le livre « Le Vol des 714 Porcineys » a bien été commandé à M. Garcia. »
A ma grande stupéfaction, le mail qu’il me transfère, signé par Gordon Zola, l’éditeur du Léopard masqué, s’inscrit --- et c'est normal! --- complètement en faux contre l’accusation de publication récente par Garcia (NDLR c’est moi qui surligne en orange dans le texte) :
"Monsieur,(écrit Gordon Zola)
Je ne doute pas que vos sources soient sérieuses et corroborées, néanmoins pourriez-vous cesser de faire courir le bruit
D’un Bob Garcia omniprésent qui serait l’auteur de deux récents ouvrages de
mes éditions?
Pour information, j’ai commandé à Bob Garcia au mois de mai 2008 un livre intitulé « Le vol des 714
Porcineys », en
Raison d’une passion commune pour la bande dessinée. C’est
tout.
J’ai partagé certains stands de dédicace avec cet auteur au cours de l’année étant comme lui d’un naturel
assez enjoué ce qui
Explique peut-être vos confusions en la matière (je tiens toutes les preuves nécessaires à votre
disposition).
Je vous demanderais de ne plus faire croire que Pauline Bonnefoi n’est
qu’un prête-nom ainsi que Gordon Zola.
Il est très désagréable pour un auteur de voir attribuer son travail à un
autre. "
Assez ébahie par cette tentative de récupération d’un courrier qui lui donne, cela crève les yeux, tort
absolument, je retourne au porte-parole la lettre du Léopard avec les passages surlignés, faisant remarquer qu’il n’y a pas plus clair en matière de démenti, déplorant que "les
ophtalmologues ne sont plus ce qu'ils étaient, sans doute".
A quoi de Kuyssche riposte (à ce stade-là il en bafouille de rage, témoin l’oubli de la moitié
d’une négation qui ne rend pas sa pensée très compréhensible, et la sécheresse du congé final):
« Je ne « vois » pas pourquoi Léopard Masqué a cru bon de me préciser toutes ces
connivences avec M. Garcia et, notamment, la commande, en 2008, d’un livre qui a bien été édité. Je ne crois n’avoir pas « vu » que M. Garcia ait décliné la commande (une commande n’est
ni une demande, ni une suggestion ou qu’il se soit outré de voir sa commande attribuée unilatéralement à un autre. »
Mais peut-être en savez-vous plus que moi sur l’identité de l’auteur du « Vol des 714
Porcineys ». Personnellement, je ne tiens pas à le savoir.
Et je considère comme close l’échange de courriels à ce propos. »
Congédiée de facto, je réponds nonobstant :
« Monsieur,
Ne nous embrouillons pas.
Le "Vol des 714... " dont le site Evene confirme qu'il est bien de Garcia mais publié en 2008, ne nous intéresse pas.
Suite à votre déclaration:
" Nous aurions aimé un geste de la part de M. Garcia qui n’aurait pas été la sortie de deux nouveaux ouvrages s’inscrivant dans une longue histoire,
faite de provocations successives. En effet, alors que M. Garcia nous proposait d’arrêter définitivement la publication de nouveaux ouvrages (en échange de l’abandon de notre demande d’exécution
de la sanction décidée par les tribunaux), il préparait ces deux nouvelles publications. Elles furent proposées aux lecteurs dès le 30 octobre, soit deux jours après le commandement d’huissiers.
Vous comprendrez que ces faits n’établissent pas un climat de confiance."
je vous ai demandé de me citer le titre et l'éditeur de ces
"deux nouvelles publications [qui ]furent proposées aux lecteurs dès le 30 octobre, soit deux jours après le commandement d’huissiers."
Je constate que vous n'avez pas de réponse précise, claire, factuelle à me donner sur ce point et que vous ne me communiquez pas ces deux titres.
Cela est fâcheux, surtout venant de quelqu'un qui veut à ce stade-là clore la discussion. »
Mais depuis, silence radio.
Tintin pour la réponse…
Aujourd'hui devait avoir lieu la saisie des meubles de Garcia.
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NDLR: 18/11: Je fais remonter ce billet et je signale la parution d'un nouvel article de Libération sur cette
affaire.
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