Patrick Modiano-L'Horizon, contemplé par Monique Coudert

Publié le par M agali

 

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Sur L’horizon de Patrick Modiano

 

 

En regardant l'Horizon de Patrick Modiano, je me suis retrouvée bloquée dans sa rue bleue. Il est persuadé que les mots dits par les gens restent là (ce n'est pas une idée originale, Yves Simon l'avait eue avant lui).


 

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Il dit aussi que les gens qu’on a connus autrefois y restent intacts, longtemps, comme en attente de notre bon vouloir... Au milieu de tous ces reliquats de personnalités qu’on ne peut dire en errance (elles sont au point mort), les impressions et les sentiments se faufilent, hésitants, car il y a quand même un peu de mouvement dans ce joli désordre. Les gens ne sont pas emballés dans des boîtes, les yeux fermés sous cellophane, rigides, brillants : ils vivent. Leur vie n’est arrêtée que par le désintérêt momentané du héros. Qui a-t-il envie de revoir, d’animer, de réentendre ? Quels lieux va-t-il éclairer pour que ses personnages se croisent à nouveau ? Et ne sont-ils que des personnages ? Quelle est leur véritable autonomie dans l’histoire, dans le théâtre de notre mémoire ? Vont-ils mettre leur grain de sable ou leur grain de sel pour modifier notre prétendu scénario ?

 

 

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Le bonheur du héros, le bonheur de Modiano tourne autour de Margaret Le Coz. Le Coz en deux mots, comme elle lui a dit la première fois. Il faut donc, pour qu’il ait une chance de la revoir, réveiller les membres de son microcosme : le gentil Bagherian dont elle gardait l’enfant, la mystérieuse Yvonne Gaucher et son compagnon le docteur Poutrel, l’infâme Boyaval, menaçant, sordide. Dangereux ? Non, simplement du côté sombre des souvenirs, comme la femme aux cheveux rouges accompagnée du défroqué sinistre, que le héros laisserait bien volontiers dormir dans la rue bleue… Mais il ne peut pas se le permettre. Les personnages vivants-morts, évolutifs-arrêtés, transparents-incarnés reviennent, passent et repassent, dans un quartier précis, en une cacophonie temporelle où tout est justifié, par le simple désir de revoir le noyau de tous ces satellites : Margaret Le Coz. A un moment ou un autre, elle reviendra. Le lecteur le sait, et se réjouit enfin de cette lueur d’espoir qui éclaire, pour la première fois, l’horizon de Modiano.

 

 

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Il y a longtemps que je sais qu’existe un lieu où les choses et les gens nous attendent, rangés comme dans un garage. Ils ne changent plus. Ils n’espèrent même pas le changement, encastrés dans un réel éternel, lui aussi bien rangé et qu’on retrouve, intact, à la demande.

 

Moi-même, dans mon coin, je suis en train de m’attendre. Celle que je suis en train de devenir, je « la » porte sans cesse dans mon sac à dos, cachée quelque part dans le garage de la rue bleue. J’ouvre parfois le sac, je me sors, je m’aère, je me secoue, mes cicatrices saignent encore et m'empêchent de ressembler complètement à la poupée Griselda, toujours en panne d’un nouveau fonctionnement, toujours obligée de marcher sur les brisées brisantes de l’autre moi. Dans le dos de la poupée, la clef grince et tourne mal, même si je n’ai plus cet infâme corset qui m’a encoqué trois mois à la suite d’un  mon accident de voiture. La clef ne tourne plus (la fracture a bon dos ! )

 

Mais un jour, je repartirai. Un jour je me ressemblerai. Et qui sait si je ne rencontrerai pas moi aussi Margaret Le Coz. Le Coz, en deux mots. Merci Monsieur Modiano.

 

 

 

texte: Monique Coudert

 

photos de Saint Martin Vésubie: M.D

 


Publié dans Lector in fabula

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amatou 13/04/2010 17:22



Sur les murs bleus, les portes bleues, les fenêtres ouvertes ou fermées d'un chat, l'on vous devine... passante silencieuse glissée dans les feuillets de Patrick Modiano, en attendant l'heure de
votre rencontre avec Madame Le Coz en deux mots. J'espère que vous ne ferez vous-même plus qu'un seul et Unique Mot chatoyant de bleus et de lumière.


A bientôt la suite de votre rencontre avec Le Coz en un Mot!