Claude Romaschov Saint Valentin

Publié le par M agali

Merci à Claude Romaschov d'avoir répondu à son port.. euh, à l'appel à textes "Paranoïa".

 

 

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(café à Madrid, mai 2010, photo MD)

 

 

 


Saint Valentin 


Mathilde compose le numéro pour la énième fois. Le portable sonne désespérément dans le vide. Il l’a encore oublié le sien quelque part. Comment peut-il lui faire ça ? Elle l’aime tellement ! Elle appuie sur la touche bis, laisse passer deux minutes qui résonnent douloureusement dans ses oreilles. Assez d’indulgence ! Cet idiot perd tout. Ses clés, son chien, ses amis, depuis qu’elle est entrée dans sa vie.  Là, franchement, il exagère. Il perd aussi la tête, pense Mathilde. Ce n’est pas possible, la batterie est encore à plat, il a oublié de la charger. Les hommes ont vraiment besoin des femmes pour veiller sur eux. La messagerie se déclenche… Bip… « Je suis absent pour le moment, laissez moi votre message après le bip… Encore un bip prolongé cette fois. Ca l’énerve, elle n’aime pas les bips, elle n’aime pas l’électronique et maintenant voici la voix d’une conne qui lui dit que la messagerie est saturée. Mathilde secoue rageusement l’appareil. Qu’est-ce qu’elle fait dans son téléphone à lui, la voix de cette fille et comment ose-t-elle la narguer ? Il la connait peut-être. Sûrement puisqu’elle s’infiltre dans un objet aussi intime.

Elle les détecte vite, ces assistantes commerciales qui forcent les entrées les plus secrètes avec leurs airs conquérants, mini jupe relevées sur les cuisses, bouche pulpeuse et dents prêtes à dévorer toute la population mâle qui passe à proximité. Elles ont toutes la même voix suave pour mieux semer la pagaille dans les couples indestructibles.

Celle-là, Mathilde le sent, s’est approprié tout de la vie de son homme. Les numéros de ses amis, les numéros de travail, les numéros cachés. Elle est entrée dans sa mémoire et il en est certainement tombé amoureux. Les hommes adorent les filles qui s’imposent, les filles intelligentes et curieuses comme ils disent, en reluquant malgré tout les rondeurs des sans charmes qui passent en ondulant des hanches.

La garce ! A présent, elle doit tout savoir de Mathilde aussi, de son amour pour lui, de ses conversations tendres, de ses petits mots bêtes, son adresse, ses habitudes. Oui, c’est cela ! Cette folle l’espionne. Elle devient une menace. La voix est agressive et violente et son ennemie fera tout pour l’éliminer. Elle ne désire qu’une chose : s’approprier l’homme d’une autre et ne se soucie absolument pas du mal dévastateur qu’elle génère.

Que faire ? Se taper la tête contre les murs ne sert à rien. Envoyer valser le téléphone non plus. Elle n’est pas de taille à lutter contre l’hydre qui s’est infiltrée dans la puce électronique de SON portable, d’autant plus qu’elle est aussi maligne qu’un virus et parfaitement disséminée dans les fibres du cellulaire.

Malgré la jalousie qui la ronge, elle a envie de vivre et préfère sacrifier son amour comme on coupe les branches malades d’un arbre en espérant ne pas être contaminée jusqu’aux racines. 

La seule solution pour assurer sa propre sécurité c’est de couper le lien qui la relie à lui. Les garces gagnent toujours au jeu pervers de la séduction et Mathilde n’est pas une experte en la matière. La partie est perdue. De nos jours le danger est partout où on l’attend le moins.

Bien fait pour lui ! Il savait bien qu’elle ne supportait pas l’ombre d’une rivale. Mathilde est une jeune femme qui n’aime pas se faire rouler dans la farine. Cet idiot sans cervelle s’est entiché d’une garce à la voix synthétique?  Une de celles qui se lovent au creux de la mémoire vierge des portables pour détruire les plus belles histoires d’amour? Eh bien, qu’il fasse sa vie avec elle et ne vienne pas la harceler.

Elle tape sur SMS pour envoyer un message de rupture à son homme.

 

Claude Romaschov

 


 

 

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Geneviève 29/06/2010 12:08



J'aurais voulu connaitre la teneur du SMS.... ça aurait été intéressant et ça aurait donner plus de poids à sa paranoïa....



claude 17/06/2010 09:05



Comme la paranoïa est aussi féminine, je pense à une suite Amatou.



amatou 16/06/2010 22:28



Une suite serait la bienvenue.  Mathilde semble visiblement avoir de la ressource...Merci d'y songer.



annick.demouzon 16/06/2010 22:12



Belle paranoïa au féminin... pourtant la paranoïa, c'est plutôt masculin, non?



M agali 16/06/2010 22:20



Mon dico me dit le contraire, pourtant.Genre "féminin". Mais à présent que le transgenre est chic, je ne contesterai pas.