Attention, dictée 2

Publié le par M agali

Lise-Noëlle, soumise hier à l'épreuve de la dictée, a incontinent rebondi sur le texte, pris sa plume, mis son vieux châle et *décidé de voler de ses propres ailes.    

 

poule et poussins El patio    

 

(musée agricole El patio, Lanzarote, photo MD)  

 

 

Dans la cuisine du vieux chalet, les poules avaient fait intrusion dès qu'on leur avait ouvert la porte.  On? Pourquoi on ? Il était le seul étourdi possible, se disait le maître de céans, un octogénaire encore vert, puisqu'il vivait là seul. Il avait oublié de la refermer après son tour du jardin matinal. La volatile engeance, si elle n'était guère conviée à partager ses tartines beurrées et son café au lait, en tant que locataire de proximité, s'estimait quelques droits sur lui. Et ce matin-là, ses caquètements semblaient avoir quelque chose à dire, qui sonnait comme : vive la mort du vieux chat!

Une mort qui avait laissé à l'habitant du vieux chalet quelques doutes.

En effet, un peu plus tôt ce matin-là, il avait retrouvé mort son matou, un monstre griffu laid comme le péché avec ses taches noires mal distribuées sur le nez et les yeux, gisant au pied même du poulailler. La vieille fourrure, déjà rongée aux oreilles par trop de combats à la saison des amours, toute piquetée de rouge, avait l’air d’un champ passé à la herse. Et l'oeil sanguinolent semblait avoir été percé d’un coup incisif. Comme celui qu’aurait pu asséner un bec acéré… Mais le poulailler était hermétiquement clos. Et le vieux savait ses gélines trop sottes et trop rassises, trop stupidement effrayées par tout bipède et quadrupède, pour être suspectées d’un quelconque passage à l’acte.Il avait fait le tour du jardin, cherchant il ne savait quoi. Non qu'il aimât tant son vieux greffier, si moche, mais le félin lui rendait bien service à débarrasser son grenier des souris qui ravageaient ses récoltes.

 Il n’eut pas loin à aller : derrière la haie de son voisin, le jeune homme qui venait de faire construire un chalet neuf, brillaient les plumes rousses de quelques volatiles en liberté. Parmi elles se pavanait un jeune coq. A sa vivacité (il n’y eut qu’à le voir fondre sur un pauvre rival qui semblait guigner la poule qu’il troussa ensuite d’un sursaut) il le devina particulièrement vindicatif et empli d’une mâle rage guerrière.

En quelle langue se parlent donc les animaux entre eux? Bien malin qui saurait le dire. Mais notre vieux bonhomme n’eut plus de doutes : ses volailles, excédées des petits encas pratiqués sur les poussins par le Raminagrobis maison, avaient trouvé un défenseur. Et elles avaient orchestré à distance un raid punitif contre le vieux chat laid du vieux chalet.

 

Lise-Noëlle

 

* désolée, je sais que Lise-Noëlle n'a que des châles neufs et sexy, en soie brodée à l'espagnole, bordés de la plus fine des dentelles, mais il fallait la faire, non? 

 


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mo 03/06/2010 10:43



Et l'assassin de s'esclamer : Cogito ergot sum !


Bravo Lise-Noëlle !



M agali 03/06/2010 10:52






Ergot de seigle, sans doute?