Jan Thirion Dieu veille Toulouse

Publié le par M agali

Dieu s’offre une demi-douzaine de belons plus un verre de blanc sec, à la brasserie du Pont-Neuf.

Un motard brûle le feu rouge et, rugissant, fonce quai de Tounis, après le pont, rasant le nez du 78. Pour lui, la mort, bientôt.

Ce jeune type, portable à l’oreille, qui marche sur le trottoir en parlant. Allez, la mort pour lui aussi, bientôt. Une question d’heures. C’est ça le destin.

Il lève son verre. Laisse passer une flopée de promeneurs et de voitures. Ceux-là, qu’ils vivent. Grand bien leur fasse.

La femme à pied qui semble chercher une adresse et qui entre au siège de l’association à côté de la brasserie, il lui donne encore une chance. Elle a l’air d’une femme battue.

Garée au feu, maintenant, une belle Mercedes blanche. Dieu est assis à hauteur du conducteur et de son passager. Le premier, jeune homme aux cheveux mi-longs châtains, foulard élégant noué au cou. L’autre est plus âgé, chauve, il fume le cigare et sa main vient caresser les cheveux du premier. Dieu décrète la vie pour le premier, la mort pour le second. La Mercedes redémarre, meute des autres candidats à la roulette divine aux trousses.

C’est un jeu con que de décréter qui va mourir et qui va vivre. D’accord, c’est un jeu con. Dieu est con. Il l’est tellement qu’il fait également partie des statistiques. Quelqu’un peut pointer son doigt sur Dieu et l’envoyer à son tour à la trappe.

Il règle sa note. Il sort. Il croise un jeune clodo qui ne lui demande pas la pièce. Celui-ci, comme la femme précédemment, entre à l’Oreille d’or, où quelqu’un va l’écouter exposer ses problèmes, le consoler, le conseiller. L’Oreille d’or, un nom bien trouvé pour une association dont le but est d’aider les malchanceux.

En remontant vers Esquirol, il voit une Espace grise des Pompes Funèbres rouler dans le flot de la circulation.

Clin d’œil de la réalité. Puisqu’il pense à la mort, la mort lui fait coucou. Un signe pour lui dire qu’on approuve son jeu con.

Et si le destin marchait aussi de temps en temps à l’envers ? Dieu sort de la brasserie des Beaux-Arts, il s’est payé dix minutes de bon temps, il est d’attaque pour la suite du programme, il peut bien se fendre d’un beau geste, non ? Allez, va. Il imagine un gosse dans le corbillard plutôt qu’un vieillard, un gosse mort trop tôt. Il décrète sa résurrection. Qu’est-ce que ça coûte ? Rien. Qui se plaindra que le destin marche de temps en temps à reculons ? Personne. Faire un miracle, c’est un peu moins con que le jeu con où l’on choisit qui va mourir.

Il rote. Le blanc sec et l’iode des huîtres remontent lui rappeler qu’il n’est pas qu’une entité abstraite.

Dieu est un con plein de bons sentiments.

Un con tout de même.

Et un flic.

Dieu, prénom Franz, est officier de police judiciaire au commissariat central de Toulouse.

Jan Thirion

Vous venez de lire l'incipit du nouveau polar de Jan Thirion, Dieu veille Toulouse, qui vient de paraître à l'Ecailler du sud. Si après ça vous n'avez pas envie de le commander séance tenante à votre libraire pour savoir la suite, c'est que vous êtes aussi c... que D...

La chronique d'Actu-du-noir



Publié dans Lector in fabula

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Patrick 28/05/2009 23:21

Si Dieu adore tant se déguiser en commissaire, c'est peut-être pour revenir en clandé sur le lieu de ses crimes...

joel Hamm 28/05/2009 11:24

ça donne envie, effectivement.