Salon de Villeneuve: rencontre avec Lao-Tseu

Publié le par M agali

Une autre de mes rencontres inoubliables au Salon du Livre de Villeneuve-sur-Lot a été celle de Lao-Tseu.  Ceux qui fréquentent le blog de Khassiopée,  Les Contes de la Luciole,  sont familiers de cette petite chienne shih tzu philosophe (et prochainement auteure de polars) dont j'ai eu le privilège de suivre l'enseignement toute une soirée.




Morituri te salutant


 L’autre soir, la petite chienne Lao-Tseu et moi nous méditions sur l’impermanence de toute chose (la boîte à moitié vide de chocolats de chez Criollo en témoignait bien). Le calme du soir descendait sur la véranda de Khassiopée. On l’entendait remuer des casseroles dans sa cuisine d’où s’échappaient de délicieux effluves.

Sa truffe frémissante posée sur mes pieds, Lao-Tseu venait de me rappeler les Trois Joyaux du Grand Véhicule (que j’avais préféré au Petit, autant rouler en Porsche) et je les répétais à mi-voix pour les garder soigneusement dans mon coeur.

Soudain, la petite chienne  a secoué sa frange et levé la tête vers moi en soupirant :

- Magali, je peux te poser une question ?

- Bien sûr !

- Quand j’aurai fini d’écrire mon polar initiatico-théosophique..

J’ai ébouriffé sa tête mordorée :

- Oui ?

- … qu’est-ce qui va se passer ensuite ?

- Eh bien, tu l’enverras chez plusieurs éditeurs.

- Et ensuite ?

- Tu feras comme Stephen King.

La petite queue touffue s’est agitée :

- Je serai internationalement connue ?

- Tu l’es déjà, Lao-Tseu, n’oublie pas que le blog de Khass est lisible partout, d’Antarctique en Australie, dans le moindre cybercafé. Ce que je veux dire, c’est que tu feras ce qu’a fait Stephen King à ses débuts : tu achèteras un clou.

Lao a haussé une épaule :

- Khass a plein de clous, dans son appentis, elle m’en prêtera un, je pense.

-J’en suis sûre aussi. Si tu ne lui aboies pas dessus quand tu le lui demandes. Attends pour lui en parler qu’elle ait calculé les moyennes générales, sinon elle va se perdre dans les retenues.

J’ai eu droit à un gentil petit coup de langue :

- Je ferai attention.

- Tu lui demanderas de choisir un clou assez long et de le planter au mur.

 

La petite chienne a roulé sur le côté d’enthousiasme, puis s’est étalée sur le dos. Le message était clair et j’y suis allée d’une bonne caresse sur le ventre. Elle s’est alors relevée d’un bond et a fait le tour de la pelouse trois fois en frétillant d’enthousiasme.

- Attention, Lao-Tseu !

 J’ai rattrapé au vol le prunier du Japon bonzaï qui venait de valser.

 

Elle s’est plantée face à moi, pantelante d’enthousiasme, les yeux étincelants :

- Le clou, ce sera pour accrocher mes diplômes encadrés, hein ? Le Goncourt, le Médicis ? Le Renaudot ?

- Non, ces prix-là, c’est pour la blanche, toi tu viserais plutôt le Grand prix du Polar ou la Plume de Cristal.

-Comme Patricia ? Oooooooooooh !

Je me suis raclé la gorge. Comment ramener doucement Lao-Tseu à l’humilité patiente qui sied au débutant ?

-Je suppose que le clou pourra aussi servir à tes prix. Mais dans un premier temps…

Elle a dressé deux oreilles attentives et émis un aboiement sec :

-Yep ?

- Tu y accrocheras tes lettres de refus.

Un grondement à glacer les sangs a fait vibrer l’air alentour. Comme il n’y a pas de métro à Villeneuve-sur-Lot, ni aérien ni souterrain, et que la voie ferrée locale a été transformée en piste cyclable, j’ai regardé Lao-Tseu avec appréhension. Et, oui, le grondement qui me caillait les globules rouges sourdait bien de son pharynx…

Je me suis rattrapée comme j’ai pu :

-Je dis bien, dans un premier temps ! Mais un jour, tu recouvriras ces lettres de refus, avec la dernière, celle qui compte, celle dans laquelle où il y aura un chouette contrat chez un bon éditeur. Et là, champagne !

Un jappement bref de déception m’a interrompue :

- Champagne ? Pas Tariquet ?

- Si tu préfères, oui, Tariquet.

- Avec beaucoup de foie gras pour accompagner ?

- Evidemment !

 

Lao-Tseu a exécuté avec grâce une gambade philosophique de haute volée. J’ai replacé sur le muret le pot d’heuchéras rouges « Désespoir-du-peintre » qui s’était dangereusement rapproché du bord.

- Et après ? Et après ? Je ferai l’auteur ? Wouah !!!

- Voilà ! Tu seras invitée à des salons, tu signeras, tu rencontreras tes lecteurs…

- Beaucoup de lecteurs ?

- Mais certainement !

Un silence est passé. Lao-Tseu mâchonnait pensivement le bout de ma chaussure. Puis elle m’a chuchoté :

-Tu sais, je suis allée au Salon du livre, l’an dernier, à Villeneuve.

Lao-Tseu a reniflé :

- Honnêtement… Qu’est-ce que ça sentait le crottin à l’entrée !

- Eh, tu ne seras pas dans les Haras, mais sous la grande tente blanche où signent les auteurs.

- Sous la tente, hein, pas dans la yourte ?


- Dans la yourte aussi peut-être, si tu participes à un débat.

 








 (F. Martin et S. Chauveau)


 

 

 

 

(P.Parry, E. Urien)


Lao-Tseu s’est mise debout sur ses pattes arrière, les yeux étincelants :

- Un débat ? Je pourrais parler de quoi ?

-De ce que tu connais bien.

- Du Grand Véhicule ? Je ne sais pas trop. Il y a eu tellement de critiques sur les voitures de droite dans le polar, je ne voudrais pas..

-Non, plutôt d’un sujet en rapport avec la littérature.

-Comme ?

-Euh.. Y a-t-il une écriture canine, tu vois, des choses comme ça…

Lao-Tseu est restée songeuse un moment.

- Pas facile comme question. Tu comprends ça comment, toi ?

- Eh bien.. Il s’agit de se demander si quand on lit un polar canin, on peut reconnaître…

- La patte d’un shih tzu ? Je vois…

 

Lao-Tseu est allée renifler à la porte de la cuisine, pour surveiller l’avancée des préparatifs, a fait deux tours en rond.

Et puis elle m’a regardée, avec une moue crispée, un peu angoissée :

- Il y en avait une palanquée, l’autre année, d’auteurs qui signaient sous cette tente. Pourquoi les gens viendraient me voir moi plutôt qu’une autre ?

Je lui ai tapoté l’échine :

-Mais parce que tu es la meilleure !

-Et ils le sauront comment, que je suis la meilleure ?

- Ils le sauront parce que  …Je ne sais pas, moi. Tes prix littéraires, les articles dans les journaux. L’éditeur qui te publie… Sa notoriété …

Lao-Tseu a froncé les poils superciliens:

- Ta célébrité à toi aussi, bien sûr. Regarde la chance que tu as…

- ??

- Tout le monde connaît déjà ton nom, Lao-Tseu ! Même les Chinois ! Tu es sûre d’être traduite, là-bas !

-Tiens, c’est vrai, je n’y avais pas pensé.

Mais une ombre a assombri les petits yeux perçants :

-Tu crois que le lecteur occidental contemporain peut encore se passionner pour du Lao-Tseu ?

- Quand il verra qu’il s’est mis au polar ? Certainement !

Nous avons fêté cette découverte d’une petite séance de massages ventraux circulaires et de gémissements de satisfaction.

 

Et puis elle s’est remise sur pattes, s’est ébrouée, a soupiré :

- C’est pas tout ça, il n’est pas écrit, ce polar. Faut que je m’y remette. Et que je trouve un titre. Tu aurais une idée ?

- Il faudrait que je le lise d’abord, tu ne crois pas ?

-J’en ai une, moi, note bien… Mais j’ai peur que ça fasse trop prétentieux.

- Oui ?

- Tu comprends, c’est un polar historico-initiatico-théosophico-scientifique.

- Ah !

- L’action se passe à Rome sous l’Empire. Une série de crimes décimant la famille impériale.

- Sous Néron ?

- Non, Tacite l’a déjà fait, on connaîtrait déjà le serial killer. Ça se passe sous Marc-Aurèle.

- Un philosophe, lui aussi.

- Voilà ! On a des atomes crochus, lui et moi. Les meurtres couvriraient une affaire de malversations immobilières. Mon méchant est un esclave grec affranchi, du nom de Dédale. Un architecte véreux, qui achète pour une bouchée de pain des terrains insalubres grâce aux pressions exercées sur le Sénat par des proches de l’Empereur. Il y construit des insulae…

- Des quoi ?

- Des immeubles bas de gamme, qui s’écroulent, prennent feu, et tellement mal foutus que les ménagères n’arrivent pas à en trouver la sortie, tournent en rond et meurent de faim dans les couloirs… C’est très très très noir.

 - Je comprends.

- Alors comme l’enquêtrice est une petite chienne futée et pleine de flair (Lao-Tseu a alors ramené d’une patte coquette sa mèche en arrière en frétillant des oreilles), je pensais l’intituler Cave Canem.

- Excellent !

Elle a minaudé :

- Tu trouves ?

- Sûre ! Si tu rates le Canina, avec ça, c’est à désespérer !

 

Magali Duru

 

 

Je ne sais comment remercier Mrs K dite aussi Khassiopée ou Khass de m'avoir autorisée à écrire cet "à la manière de". C'est comme si Conan Doyle m'avait prêté Sherlock, Larsson Lisbeth Salander ou Patricia Parry ALT!

Ce texte a été publié sur Les Contes de la Luciole en simultané.

  Voir Lao-Tseu in naturalibus.

 


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Mrs+K 27/05/2009 12:35

N'empêche que bis repetita... de toute façon c'est Magali qui voit. C'est pas tout, je retourne à mes zorros de langue ....

M agali 27/05/2009 15:23


Mes respects, alors, Commandant Garcia.


Furtif 27/05/2009 09:19

Pourquoi 100 coups de verges au chien (cfr. Solenn), quand un seul à l'auteure, bien administré, pourrait suffire?

M agali 27/05/2009 09:54


Mais c'est vrai, ça, Furtif! Juste un petit coup!
Il aurait suffi de presque rien, un coup de coeur à la FNAC, par exemple, ou un coup de fil de Gallimard....
D'ailleurs rien n'est perdu, si quelqu'un se porte volontaire pour un petit coup de main, etqu'il écrive par exemple à ma place les 200 petites pages qui manquent à mon prochain best-seller (j'ai
les 15 premières, et si personne ne fait rien, ça va tourner en nouvelle, comme d'hab), je promets de lui payer un petit coup à boire.


Lastrega 24/05/2009 08:39

Elle est à croquer... pardon à mordre cette petite LaoTseu !

amatout 20/05/2009 16:26

Chère petite Lao-Tseu au poil Touffue, Toutplumes Je pressentais pour toi une grande rencontre avec Magali Duru et tu vois mon pressentiment s'est réalisé!Vive la première Canina realia : adorable !Encore! Encore!N.B. Evite s'il te plaît de bousculer toutes les fleurs de la véranda et du Jardin de Magali: elle m'a promis de belles photographies de ses fleurs.

joel H 20/05/2009 15:09

: Ouaf! Ouaf!