Dîner de têtes à la Foire de Paris avec Dominique Hasselmann

Publié le par M agali

(Suite de l'appel à textes "Dîner de têtes")

Le propriétaire du
Chasse-clou est sorti en ville... Impressions fortes d'un dîner très parisien.


 





Foire de Paris





-    C’est joli, chez vous !
-    Oui, on a emménagé il n’y a pas longtemps…
-    Cette vue sur l’Arc de Triomphe, magnifique !
-    Je dois dire que le soir, ce n’est pas mal. Il est vrai que dans la journée nous ne pouvons guère en profiter, il faut aller au bureau…
-    Certes, mais quand vous rentrez, vous devez vous sentir comme un personnage historique !
-    Cela m’arrive, cher ami, mais si nous passions prendre d’abord un verre avant de passer à table ?
-    Volontiers, votre femme n’est pas là ?
-    Non, figurez-vous, c’est amusant, elle était invitée justement ce soir chez le PDG de l’agence où elle travaille, donc je ne pouvais pas, décemment, la retenir ici, même si elle a bien regretté de ne pouvoir vous rencontrer…
-    C’est réciproque ! Je me faisais une telle fête de lui présenter mes hommages, vous m’avez tant parlé d’elle, et sa réputation professionnelle n’est plus à faire…
-    Tenez, ce whisky de 20 ans d’âge, vous m’en direz des nouvelles.
-    Eh bien, tout de suite, je vous le dis : un parfum de taverne, une rue d’Edimbourg, des effluves de tourbe et d’orage, une musique de bagpipe…
-    Quels sont vos projets, actuellement ?
-    J’ai un gros chantier à la Défense, ça prend tournure, on a réussi à obtenir tous les permis, et je vous garantis que ce n’était pas de la tarte…
-    Ah tiens, justement, si nous passions à table ?
-    Volontiers, le pur malt, ça creuse !
-    Voilà, Jean-Gabriel va nous servir d’abord une petite entrée : perles de caviar sur un lit d’asperges dans leur jus tiède…
-    Votre femme a décroché un gros contrat de pub avec un de nos concurrents, me suis-je laissé dire ?
-    Vous savez, elle ne m’entretient pas de tous ses dossiers : et c’est aussi bien. Sinon, notre vie de couple serait un enfer : des réunions professionnelles tous les soirs, au lieu de repas aux chandelles dans la plus parfaite décontraction !
-    Je comprends… Mais ce concurrent a les dents longues et acérées : elles rayent même le béton, ah ! ah ! ah !
-    Dans le bâtiment, il faut toujours porter un casque.
-    En effet, l’autre fois, j’ai reçu un Inspecteur du travail en pleine figure.
-    Pourquoi, ils vous tracassent ? Il y a des clandestins chez vous ?
-    Vous connaissez le secteur… Une main d’œuvre souple et réactive, c’est ce qu’il nous faut. Mais le fonctionnaire a vite compris qu’il ne fallait pas nous créer de problèmes : on travaille pour sortir de la crise, non ?
-    Alors, maintenant, voici le gigot de mouton sur son canapé de flageolets fraîchement cueillis, avec un ruban de romarin.
-    Cela me semble délicieux : à propos de haricots, vous pourriez me faire un chèque de 10 000 euros, j’ai une dette urgente à rembourser…
-    Vous savez bien qu’entre nous il n’y a pas de problèmes d’argent et vous vous souvenez de ce que je dois à votre femme.
-    Vous me l’enverrez (le chèque) par la Poste à mon domicile particulier…
-    Reprenez un peu de ce Margaux, la crise c’est comme les grands vins : on se souvient de la date !
-    Il est fin et possède des saveurs de mûres dans un sentier à crottes de biques…
-    Vous êtes un connaisseur, je le devinais…
-    Question affaires, ça marche quand même ?
-    Les PME ont des soucis, mais nous, il ne faut pas le répéter, ah ! ah ! ah !, on surfe, on plane, on vole, en ce moment : les banques sont le fer de lance de l’économie, nous sommes les chevau-légers de la contre-attaque face à la dépression économique…
-    Ne serait-elle pas surtout morale, cher ami ?
-    Bien entendu, et je me suis demandé pourquoi le gouvernement n’avait pas créé une Cellule d’assistance psychologique nationale afin de faire passer les messages positifs qui seuls pourraient aider les Français à sortir de ce marasme !
-    Ils ont dû créer un groupe de travail sur le sujet, non ?
-    Reprenez un peu de cette sauce sublime, elle exhausse tous les parfums de cette pauvre bête, innocente comme un agneau, et que nous avons sacrifiée pour nos appétits quelque peu triviaux…
-    Jean-Gabriel nous présente déjà les fromages : voyez ce chariot qui n’est pas pris dans les embouteillages !
-    Attention aux limitations de vitesse !
-    Quels idiots, ceux-là ! Mon chauffeur m’emmène à 200 km.h sur l’autoroute, il possède un détecteur de radars embarqués (les fixes, le GPS les connaît), et l’Audi A3 – la même que celle que le ministre du Budget s’est fait récemment voler, avant qu’on ne la retrouve – peut enfin s’aérer les bronches !
-    Il n’y a de la liberté que pour ceux qui le désirent.
-    Tenez, ce plateau de fromages vous tente-t-il ?
-    Non, merci, cet agneau quasiment pascal m’a un peu « gonflé », je passerais bien directement aux desserts…
-    Eh bien, les voici, justement, c’est une véritable farandole, une Carmagnole même !
-    Je prendrai ce coulis aux prunes, il m’a l’air avenant…
-    C’est l’avenant à notre convention, ah ! ah ! ah !
-    Vous êtes amusant, cher Michel-Toussaint !
-    Nous sommes ici pour vivre à notre aise, cher Jean-Aymar !
-    Que diriez-vous ce soir si nous allions faire un tour au Crazy Horse ?
-    Ecoutez, puisque nos femmes ne sont pas là, je ne dirais pas non…
-    Je vais faire appeler un taxi, même si ce n’est pas très loin d’ici.
-    Toutes ces filles, elles font quand même moins de chichis que nos épouses, non ?
-    Oui, faut-il les épouser pour les baiser ?
-    Il semble qu’un jour l’on ait établi ainsi une sorte de saut d’obstacles (si je puis dire) comme pour nous embêter : je ne suis pas contre la compétition, mais là, devoir passer devant monsieur le curé puis monsieur le maire pour avoir le droit de coucher avec quelqu’un (quelqu’une, je veux dire !), vous avouerez qu’il y a de l’abus.
-    J’en connais une, au Crazy, elle vous rendrait folle : de temps en temps, j’y vais, c’est comme mon pousse-café.
-    L’idéal, c’est de marier (ah ! ah ! ah !) le cognac avec la cognée !
-    Bien, on sort ?
-    Oui, je vous suis. C’est la Foire de Paris sur la plus belle avenue du monde !
-    Puis-je vous le demander benoîtement : vous avez des capotes ?
-    J’ai même le capital qui détient l’usine : « Durex sed lex » ! Ah ! ah ! ah !


Texte et photo : D.H.






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Désormière 28/04/2009 11:16

Michel-Toussaint est manifestement bien placé pour nous ouvrir des perpectives.

danielle 23/04/2009 18:27

Nous les femmes, nous voilà bien accommodées dans cette page à mourir de rire! Une réplique s'imposerait, non? 

pagesapages 22/04/2009 19:59

Voilà donc où était Jean-Gabriel ! J'étais à deux doigts d'alerter la maréchaussée.:-)

joell+Hamm 22/04/2009 10:56

Le blog de Magali devient (pas grâce à moi) un vrai nid d'humour. Merci Dominique pour ce texte bien ironique et drôle, ça distrait des envies de meurtres...