Dîner de blandices avec Lal Behi

Publié le par M agali

L'angle d'incidence que prend Lal Behi pour voir les choses est rarement banal. Pour ceux que son labyrinthe a ravi, en voici encore un exemple. Où l'on voit que si blandices riment en principe avec délices, il peut y avoir des exceptions...

 

 




(musée Félicien Rops, Namur, 2007 photo M.D)




Blandices


 

      Elle est là, parmi nous. Ou plutôt, elle trône, et tous les regards sont tournés dans sa direction. Mais elle demeure impassible, insensible à notre attention. Pourtant, un silence s’est fait à son arrivée  un ange passe. L’analogie est parfaite : sa peau est d’une pâleur ivoirine.

      Mon voisin de droite l’admire avec des yeux révulsés d’envie. Un tic nerveux fait trembler ses commissures. Sans doute le désir de se jeter sur elle l’étreint-il, mais les règles de bienséance l’en empêchent heureusement. Une goutte de sueur perle sur sa tempe – répugnant personnage !

      À ses côtés, un quinquagénaire opulent cache sa débonnarité derrière un verre de vin qu’il sirote à petite lampée. Lui aussi n’a d’yeux que pour elle; il tente de camoufler son embarras dans les amuse-gueule qu’il engloutit avec un bruit de mastication compulsive.

      À ma gauche, la seule femme de l’assemblée l’observe avec circonspection et une moue vaguement dégoûtée. Elle scrute discrètement sa propre main pour tenter une comparaison avec le grain de la peau immaculée, comparaison qu’elle conclue en sa défaveur. Elle se renferme alors dans un mutisme gêné, croise ostensiblement les bras pour marquer sa désapprobation.

      En face, l’homme qui préside la cérémonie remplit son verre d’eau gazeuse sans la quitter des yeux. Le pétillement des bulles résonne, brise l’immobilité, chacun retrouve une relative décontraction.

      Quant à moi, j’observe son visage aux traits un peu forts mais émoussés d’une douce rondeur. Elle n’est ni plus belle ni plus laide qu’une autre mais il est vrai – à l’instar des autres invités – que je trouve la texture de sa peau remarquable, pour qui aime les carnations diaphanes s’entend. Ses joues sont tendues et semblent prêtes à frémir d’indignation. Le galbe de son front également surprend aussi, un arc presque parfait.

      Cependant, j’hésite à rester. Non pas que je juge indélicate son arrivée tardive, je ne suis guère formaliste. Simplement, j’exècre la tête de veau.


Lal Behi


 

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laurence M 06/04/2009 08:29

Moi aussi, j'ai été " bluffée" par la chute ! Bravo !

danielle 03/04/2009 09:13

 Surprenant! Quelle chute, comme l'a si bien dit Jean!

Jean 03/04/2009 03:20

Quel talent pour camper tous ces personages, on s'y croirait ! Et quelle chute ! C'est vrai que l'histoire la veau bien.

virginie 02/04/2009 22:57

Très jolie, la photo, qui me rappelle quelques bons souvenirs...