Dominique Hasselmann: Pas (du tout) sage

Publié le par magali duru


 

Elle était comme ça depuis sa naissance : hors normes, rebelle, indépendante. Un gène non identifié ?

Elle passait, par ici ou par là, pour quelqu’un de bizarre, de déjanté. Elle ne s’habillait pas à la mode, ne lisait pas ce qui était au programme, ne regardait pas la télévision, n’était pas allé voir « Bienvenue chez les Cht’is » au cinéma.
 
Elle semblait ailleurs, dans un univers non réglementé, non quadrillé : même ses cahiers ne comportaient pas de lignes préimprimées.
 
Elle désirait vivre selon ses envies, ses désirs, ses lubies, ses attentes, ses foucades. Pour elle, l’existence était un champ d’expériences, non de mines. Une découverte, non un espace balisé ; une aventure, non une mésaventure fatale.
 
Pas du tout sage, elle avait décidé, en janvier 2009, d’aller à Gaza (Palestine), pour voir sur place quelle était la situation réelle dans ce pays lointain, dont la presse parlait de manière légère et peu documentée. Elle s’était dit qu’il fallait comprendre sur « le terrain » ce qui était en jeu (façon de parler).
 
Elle avait réussi à pénétrer dans la ville juste avant que l’offensive israélienne ne se déploie et que les bombardements ne s’abattent sur « la bande » de terre qui restait aux Palestiniens.

 Un jour, on lui fit visiter un tunnel, qui passait sous la frontière avec l’Egypte : c’était impressionnant, comme un conduit d’évasion, comme la seule solution pour s’évader du piège dans lequel Israël avait enfermé cette « prison à ciel ouvert ».Elle avait bien ri en lisant le « reportage » de Bernard-Henri Lévy (« Le Journal du Dimanche » du 18.1.09), embarqué dans un blindé de l’armée israélienne et qui n’avait pas remarqué à Gaza que la ville ait été presque complètement détruite (à l’instar d’un Régis Debray avec ses pizzerias tranquilles du Kosovo), pour lui ce n’était pas comparable à Grozny en Tchétchénie.
 
Elle avait parcouru le passage souterrain en courbant la tête, aidée par son guide cagoulé. On entendait le bruit assourdissant des F 16  survolant le territoire démoli, écrasé, et ses habitants massacrés, avec la canonnade répétée. Mais ici, c’était une allée et un abri. Un tunnel de peur et d’espoir, il suffisait d’une lampe torche pour en apercevoir les parois et puis l’ouverture, la délivrance.
 
Elle avait compris que ce passage était une sorte de rite d’initiation : les morts et blessés demeuraient à la surface, mais pour elle, la reptation était la sauvegarde ; pauvre insecte obligé de se cacher du prédateur, bras et jambes contraints de simuler les mouvements de la nage souterraine.
 
Son séjour à Gaza ressemblait à une descente aux enfers : elle ne savait quand elle en remonterait. Elle en avait même oublié le prénom que lui avaient donné ses parents : Eurydice.

 

Dominique Hasselmann

 

(Photo D.H.)

 

18.01.09



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Jean 22/01/2009 17:23

J'ajoute : Monsieur Sarkozi ne s'intéresse pas aux broutilles : les bombardiers, les tanks et autres bombes chimiques.D'accord avec toi, Joël, c'est révoltant !

Jean 22/01/2009 01:55

J'espère que Tsahal les a tous détruits ces tunnels. Cela va faire plaisir à monsieur Sarkozi dans sa lutte contre les trafics de lance-pierres.

amatou 20/01/2009 22:02

Merci!

joel hamm 20/01/2009 11:32

Aujourd'hui, c'est le passage de la révolte qu'on choisit de prendre...

virginie 20/01/2009 11:17

Ces tunnels étaient (parce qu'il paraît qu'il n'y en a plus guère) aussi des passages de vie: les guides cagoulés y poussaient moutons et boeufs vivants...