A mi chemin entre le cylindre et le parallélépipède, le tube de rouge à lèvres est un voluptueux, un doux, qui sait arrondir les angles. Il chatoie d’un rose syrien
résolument contredit par l’étiquette gourmande collée à sa base : FONDANT CHOCOLAT 29. A mi course entre la base et le sommet de cette minuscule colonne Vendôme à la gloire du sourire féminin, un anneau d’argent bague sa taille bien prise. Il signale
le point précis où la main peut, d’une torsion élégante, dégager le couvercle pour faire apparaître l’intérieur moiré, le puits de métal brillant au fond duquel s’alanguit la masse parfumée d’un
gloss, attirante mini-glace au cassis. Par la magie d’une vis cachée, au second tour donné s’exhausse alors le dôme d’une pâte taillée en biseau. Arrivé à l’étage, le carmin se stabilise avec un
claquement triomphant, prêt à gratifier d’un fougueux baiser les lèvres de sa belle maîtresse, qu’il laissera auréolées de pourpre étincelante. Celle-ci se pourlèche avec des mines de chatte
satisfaite, rabat le couvercle. Prudemment ! Un geste sec serait fatal sans vérification préalable du retour au sous-sol du petit ascenseur interne. La pression étêterait le biseau précis, la
pâte émoussée ne dessinerait, en prochaine occasion, que rictus baveux, dégueulis de sorcière. Seul destin alors pour le tube amputé (dois-je dire castré?) : se faire, à la poubelle, abruptement lourder.
Vos commentaires