Echappée vers le futurisme au Centre Georges Pompidou

Publié le par magali duru

Lise-Noëlle qui a refusé de faire deux heures de queue pour voir l'exposition Picasso, a préféré faire la connaissance des Futuristes exposés au Centre Georges Pompidou. Eux aussi avaient fait en leur temps le choix de la vitesse...
Voici ses impressions.




Un ciel venteux nous accompagne jusqu’au Centre Georges Pompidou. Fait rare : la Place Beaubourg  est presque déserte de flâneurs, pas de cracheur de feu…
Successivement, cinq escaliers roulants nous embarquent mon amie et moi pour un voyage transalpin.

Marinetti, Manifeste du Futurisme, 1909

L’homme est photographié parmi ses pairs, belle allure, fières moustaches.





A bas le Nu !

Robert Delaunay : Son Champ de Mars pointe une Tour Eiffel rouge brique. Je la glisserais volontiers dans une poche de mon manteau. Plus loin une Dryade de Picasso.


Mouvement !


Dynamisme du joueur de foot-ball, Umberto Boccioni


Un panneau de présentation clarifie la situation du Cubisme.
Georges Braque : je m’installe volontiers devant les teintes douces, les nuances brunes et grises pour écouter son Violon.
Mouvement toujours, mouvement qui s’accélère : les Futuristes italiens à Paris, à la Galerie Bernheim -Jeune Compagnie, le  Futurisme en Angleterre, le Cubofuturisme russe, la Section d’or, le Vorticisme, l’Orphisme…Je ne sais plus si je participe à une initiation philosophique, à un voyage esthétique ou à exposition d’Art. Mouvement !
Mouvement des idées, mouvement des couleurs, échanges: aller-retour électrique entre les œuvres, dynamique  progression, arrêt. L’origine du XXème siècle, la guerre de 1914-18 vues par un Américain.

Les Futuristes en pensant la peinture contemporaine refondent le monde.
De 1900 à 1915, de l’Italie à Paris, Londres, New York, Moscou, les  artistes confrontent leurs sensibilités  leurs questionnements, entrechoquent leurs  exigences, posent un regard nouveau sur l'activité humaine: usines, machines ont aussi droit de pinceau!
Des chevaux fous m’arrêtent, surgis d’un mur, venus du Musée d’Art Moderne de New York, échappée frénétique dans un  emballement de couleurs feu, orange, bleu. Les naseaux fumants, ils poursuivent hors haleine, un invisible but. Chevauchée folle, en boucle, je crois écouter le Boléro de Ravel. C’est La Citta que che sale de l’Italien Umberto Boccioni.
Je croise mon amie. Nous contemplons la toile en silence.





Plus loin, une patineuse longiligne, élégante, peinte par Félix Del Marle, me regarde droit dans les yeux.

Autre salle : Cubofuturisme russe. Un cavalier mi-homme, mi-machine, serré dans son armure, soldat sévère, effrayant. Monde barbare. Plus de corps. Seulement l’armure, la machine.
Mon amie regarde, analyse. Nous découvrons Malévitch ! Vive Maïakovski ! Kupka aux teintes vives, très lisses, fait glisser son pinceau d’un vert profond à l’orange, au rouge et au jaune d’or: une jeune femme cueille des fleurs en six tableaux dont chacun marque et décompose son geste.
En Angleterre, la revue Blast mêle ses artistes à la frénésie futuriste : A bas les Anciens ! proclament les fondateurs… Le Vorticisme. Malgré moi, j’associe ce mouvement au roman beaucoup plus récent de l’Américain Paul Auster, Vertigo bien que j’atterrisse à Londres en 1915 avec Percy Wyndham Lewis qui imagine une pure abstraction : The Crowd.

Halte ! Le voyage s’achève. Sonia Delaunay illustre Blaise Cendrars, La Petite Jehanne : longue banderole lumineuse peinte à l’huile de quartiers d’orange bleus, verts, rouges, jaunes, qui déroulent leur spirale harmonieuse sur le mur, puis en regard des textes du poète. Apaisement, détente. Sonia Delaunay assagit la turbulence, l’ébullition.



Dans son Manifeste,  Marinetti écrit « Nous voulons chanter l’amour du danger, l’habitude de l’énergie et de la témérité… Nous déclarons que la splendeur du monde s’est enrichie d’une beauté nouvelle : la beauté de la vitesse ».


Lise-Noëlle





Publié dans Carpe diem

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