Une simple carte postale, mais de Danielle Akakpo...

Publié le par magali duru

Je reçois aujourd'hui la réponse de Danielle Akakpo à l'appel de textes "Pause musique en Lauragais".
Merci, facteur!



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Une simple carte postale



Envie de rien, dégoût de tout. Parce qu’il n’est plus là, que je ne parviens pas à le haïr, à l’oublier. Lui pour qui j’ai tout négligé, abandonné, mes amis, mon travail, mes bonheurs à moi. Quelques mois de soleil, d’accord parfait à ne penser qu’à nous deux. Lui et moi, moi et Lui, comme si le monde autour de nous n’existait plus. Nous n’étions que mains qui se joignaient, bouches avides qui se cherchaient, corps qui se prenaient, s’écroulaient ivres d’extase et de douce fatigue. J’étais sûre d’avoir trouvé celui que j’attendais depuis toujours. Il a suffi de quelques mots de ma part,  un soir après l’amour, pour que tout s’écroule : « Un bébé, j’aimerais tant… » Quelques mots de trop… Il a ricané, méchamment, m’a tourné le dos, furieux. Le lendemain, il avait fait ses valises. 
Trente ans. Me revoilà seule à faire semblant de vivre, à me traîner jusqu’au bureau, à errer le soir dans les allées du centre commercial. Je ne vois rien, ne regarde rien. Je me laisse porter par la foule, retardant le moment de retrouver mon logis trop vide, trop plein de souvenirs. Je ne suis qu’incompréhension, douleur, rancœur.
Ce soir, dans le courrier, au milieu des publicités,  je découvre une carte postale. Peu importe qui a pris la fantaisie de me l’envoyer. D’ailleurs le verso est vierge de toute inscription : pas d’expéditeur, pas un mot, pas un signe. Mais l’image exerce sur moi  une étrange fascination. On dirait que cette statue de pierre, toute d’ocre vêtue, cette femme aux formes généreuses, pas vraiment belle avec ses yeux curieusement boursouflés porte un message et m’invite à le décrypter.
Elle me pousse vers mon miroir. J’y aperçois mes yeux sans éclat, gonflés eux aussi,  à cause des nuits sans sommeil, des sanglots refoulés. La dame de pierre, mon reflet, ma sœur ? Sûrement pas. Son regard, en dépit des cernes, brille d’un éclat mystérieux.  Si ma bouche est figée dans une expression de lassitude,  sur les lèvres de la statue fleurit un sourire serein.
Et tout à coup jaillit l’étincelle. C’est dans ses mains posées sur une lyre que se cache le secret de sa plénitude. Je l’imagine pinçant amoureusement les cordes de l’instrument,  mon oreille se réjouit de la divine  cascade d’accents cristallins qu’éveillent les doigts experts.

Et tout à coup, c’est comme une décharge électrique qui réveille mon corps fourbu, mon esprit embrumé. Je cours vers le piano, délaissé depuis  trop longtemps pour une autre passion qui me détruit à petit feu. Mes doigts errent, d’abord gauches, sur le clavier. Ils prennent de l’assurance, retrouvent les notes fluides d’une valse de Chopin, les accords plaqués d’un Gospel, le rythme endiablé d’un Charleston. Mes mains ne m’appartiennent plus. Une douce chaleur m’enveloppe de la tête au pied. Oublié, l’Autre ! Comme la dame de pierre, enfin, je souris.


Danielle Akakpo



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Danielle Akakpo a toujours eu un penchant pour l’écriture mais cette grande timide, qui ne se prend pas au sérieux, n’écrit que pour son plaisir et celui des autres, a attendu très longtemps avant d’oser montrer ses textes à qui que ce soit. Et puis un jour elle adhère sur le Net à une association d’auteurs amateurs, le Cercle Maux d’Auteurs (dont elle est aujourd’hui la présidente).
Conseils, encouragements… Danielle déploie alors ses ailes et franchit le barrage de l’édition avec deux recueils de nouvelles (Elles et Eux, éditions Écriture et Partage, 2006 )et Quelle comédie la vie ! (PLE Éditions, septembre 2008).
Car elle préfère le texte court, même si elle a coécrit le roman Un Homme de Trôo avec Jean-Noël Lewandowski (PLE Éditions, 2006)

Voir son blog.
On peut la retrouver aussi comme participante, modératrice et animatrice des jeux d’écriture sur le forum de Maux d'auteurs ou sur celui d'A vos plumes.




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EmmaBovary 23/10/2008 11:59

Une carte postale musicale pour un texte beaucoup plus noir qu'il n'y paraît, et ce malgré le rayon de soleil de la fin!

Régine 22/10/2008 18:18

Jolie carte postale qui commence mal mais qui finit sur une note d'espoir. Ouf !

Laurence M 22/10/2008 13:23

Tu as bien fait de sortir du lit, Danielle! Elle est jolie, ta carte postale ! Je me disais bien aussi, toi, une musicienne, tu avais forcément quelque chose à nous ... lyre  ...