Une minute d'éternité avec Jean-Jacques Dorio.

Publié le par magali duru






(photo Judith, juillet 2008, Mexique)





" Comment fixer l'instant, ses diaprures, vibrations,  franges, résonances? " se demande Jacqueline Saint-Jean qui post-face Une minute d'éternité, le recueil de poèmes que Jean-Jacques Dorio vient de publier à la Librairie-Galerie Racine, comment mettre en mots " ce qui arrive, le "maintenant""?

Jean-Jacques Dorio a ses secrets.

Ceux du poète de haïku: vers courts, sentiment aigu du temps qui passe, images saisies en plein vol: 

"Cet instant-là doit tout
A la mémoire heureuse
Un moineau la porte
Voletant dans le jardin...."


Et l'oiseau est ainsi une des images récurrentes, tourterelles, "corneilles du soir " traversent ainsi sans cesse l'air serein du jardin où le poète se balance mollement dans sa hamaca, parfois relayé par la cigale si chère à Bâshô:


"Retendant ce matin
la corde du hamac
Sur l'olivier
S'envole une cigale
en crissant...."

ou bien

 "une fourmi,
âme fraternelle
[qui] apparaît alors sur [ sa] page.



Mais l'instant n'est pas que fulgurance du présent.

Chez Dorio, il se nourrit de la lecture en cours ou des textes médités tant de fois, s'emplit des voix chuchotantes des grands Maîtres aimés :

"Borges dit que le jaune est la seule couleur
Que ses yeux d'aveugle voient..."


ces Maîtres lus, médités, qui semblent toujours se pencher sur son épaule, présence légère et vivifiante (passent ainsi Montaigne et Pessoa, Spinoza ou Jaccottet...) que Dorio traite d'égal à égal, sans fausse modestie de disciple, mais avec une vraie humilité d''inventeur, avec qui il dialogue dans la nuit aussi simplement qu'on dialoguerait avec des inconnus rencontrés pêle-mêle sur Internet:

"J'ouvre la vitre et Montaigne
Personne n'est exempt de dire des fadaises
Et même de tendre son miroir de mots
A la nuit..."

54 courts poèmes à savourer page à page, en ce creux vacant de l'été, en se rappelant que:

"La force du poème, c'est le temps
Le très long temps passé à rêver
Avant d'inscrire trois mots sur la page
Pour mille qui flottent
(étant et n'étant pas là) .."




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Une minute d'éternité, recueil de poèmes, Jean-Jacques Dorio, Librarie-Galerie Racine-Paris, juillet 2008.




Publié dans Carpe diem

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michèle pambrun 11/08/2008 20:05

Emue et ravie d'arriver sur cette page (à partir du commentaire de Magali chez Dominique Hasselman) et de découvrir qu'on y parle de Jean-Jacques Dorio, que j'ai côtoyé dans les Hautes-Pyrénées (je m'appelais Michèle Jimenez à l'époque). Si vous le permettez, Magali, j'embrasse Jean-Jacques ainsi que Josiane.

M agali 11/08/2008 20:33


A mon tour d'être émue et ravie!
Emue de cette visite du poète lui-même sur mon blog, merci Jean-Jacques de ce poème inédit!

Ravie de favoriser ces retrouvailles, Michèle, nous remercierons aussi Domnique Hasselmann qui fit le passeur, en quelque sorte.



jjdorio 11/08/2008 18:00

SI JE DIS   Que vos commentairesMagali   (me) touchent (au plus) juste    - en particulierl'intimité avec les aveugles      qui voient jaunel'amour des fadaises       du châtelain de Montaigneet l'omniprésence des oiseaux -   Si je le disà l'instant    écoutant Matt Haviland         " Beyond Good And Evil "    Si je le dis...        Avec la difficulté aujourd'hui de lire- et d'écrire - de la poésie inédite" tout à fait comme si ses poèmes avaient été souvent mis à l'épreuve et chargés de pensée "*...*Walter Benjamin (commentaires de quelques poèmes de Brecht, écrits et non publiés en 1938 1939)