Sylvie Lainé en son Miroir aux éperluettes

Publié le par magali duru

Sylvie Lainé / Le Miroir aux éperluettes


 

 

Ce Miroir aux éperluettes est paru chez ActuSF, dans la collection Les trois souhaits, sous une couverture vert bronze (la couleur que je déteste le plus lorsqu'elle ne se trouve pas dans la nature) où se tordent de douleur des créatures cauchemardesques mi-hommes mi-arbres… Exactement le genre de livre que de moi-même je n’irais jamais acheter. Et pourtant !

 
Pour moi, SF= science-fiction, et de la science-fiction, je ne sais rien, ou quasiment, sinon qu'après une courte période adolescente où je dévorais Asimov, Stefan Wul, Tolkien et Bradbury, je n’ai rien pu lire du genre pendant des années qui ne me soit tombé illico des mains. La seule idée de me tarter un Space Opera ou de la Fantasy me précipite dans un blocage analphabète, tout effort de conquête de l’univers me fait pleurer sur le kérosène bêtement gaspillé et j’ai toujours trouvé ridicule à crever la greffe de sentiments humano-humains sur des créatures fluorescentes et tentaculaires venues (et pourquoi donc ?) de lointaines galaxies pour nous étriper ou nous décerveler.

A part cette indignation écologique et ce rire nerveux, d’émotion, point.

Et puis j’ai découvert les nouvelles de Jean-Claude Dunyach (j’en parlerai un autre jour, il y faut un billet à la hauteur de mon admiration, cela ne s’écrit pas si facilement) et j’ai commencé à changer d’avis. Du coup, quand Jean-Claude m’a glissé l’autre jour dans la main ce petit recueil, six nouvelles bien pesées, 87 pages tout compris, en me disant : « C’est excellent », j’ai cru et j’ai lu.

D’un trait.

Et j’ai relu le lendemain, avec le même plaisir.

Et tiens, juste avant d’écrire ce post, j’ai encore dégusté une fois la première histoire, ma préférée,(bien que Thérapie douce et Rêve d’herbe soient aussi de petites merveilles) ),la splendide Bulle d’Euze. Il faut voir comment Sylvie Lainé renouvelle le topos increvable de la mystérieuse inconnue attablée au café qu’un jeune homme timide regarde de loin sans oser l’aborder...

Les cinq autres sont tout aussi fines, sensibles, intelligentes, maîtrisées. Mieux, émouvantes.

Car les mondes parallèles qu’elles évoquent ne sont qu’à quelques millimètres du nôtre. Je ne vais pas chipoter sur les genres, mais à mon sens il s’agit là davantage d’étrange, de fantastique à la Jean Ray, de merveilleux que de pure SF. Ajoutez-y une bonne dose d’humour, une écriture poétique mais poétique sans aucun effet de manche, toute en retenue, et cette façon discrète et miroitante de transfigurer le monde, de le faire basculer en douceur qui a de la grâce et frôle le génie.

Cerise sur le gâteau, pour ses 6 euros on a en prime la longue préface de Jean-Claude Dunyach, un essai lyrique et inspiré sur le Complexe de Wendy (ohé, les filles, ça change de Peter Pan…) qui se lit comme une septième nouvelle.

 

PS

Pour ceux qui se demandent ce que sont ces éperluettes, ou quelle peut être l'étymologie de ce mot, le délicieux article de Wikipedia.

 

 

&

 

 

Publié dans Lector in fabula

Commenter cet article

Mrs K 08/07/2008 20:13

Je vois, je vois, dans tous les repas de filles (du noir ou pas) il y a toujours un garçon si je comprends bien ... Comment c'est moi qui ai amené un garçon la dernière fois gasp !

Mrs K 07/07/2008 22:14

Pour des raisons confuses j'ai aussi fait mon petit blocage sur la SF, je ne suis pas encore vraiment remise mais si tu n'as pas lu  "des fleurs pour Algernon" de D Keyes, c'est le moment (c'est un des rares romans du genre que j'ai lu avec bonheur) et tu illustres avec un tableau de Doig

M agali 07/07/2008 22:27


Merci, je note!


Solenn C 03/07/2008 20:19

Tu me le prêteras avant de le rendre à JC ?(Pour ceux qui ne connaîtraient pas Jean-Claude, lourde erreur à rattraper illico, c'est le seul écrivain mâle routinièrement invité aux réunions des Filles du Noir : c'est dire l'estime que nous lui portons !) (Quoi qu'il y ait aussi un certain Manu, bon, bref, je m'égare, ça va finir par ragoter...)

M agali 03/07/2008 22:05


Evidemment !