Dominique Hasselmann attrape des pigeons sur son balcon.

Publié le par magali duru


Voici qu'on m'envoie aujourd'hui, un mois après la clôture de l'appel à textes sur le thème de l'oiseau...
Allez, on ne va pas faire la fine bouche... Il arrive bien aux pigeons voyageurs de faire de grands détours, pas facile d'être à l'heure avec tous ces vents dominants qui tournent fous...
Et puis ce pigeon, il avait l'oeil et le bon, hein, alors ce serait dommage de ne pas savoir ce qu'il a vu!


Le pigeon sur le balcon


Il est arrivé sans bruit, sans un froissement d'ailes.
Quand je l'ai vu, il m'a vu.
Il ne roucoulait pas, il avait une patte à laquelle manquait un doigt.

Ce qui m'intrigua était son regard, même s'il est difficile de percer un sentiment dans ces yeux ronds.
Pourtant il semblait vouloir m'indiquer quelque chose qu'il avait repéré. J'allai sur le balcon (le ciel était empli de la paresse de quelques nuages blancs sur fond bleu), je regardai en bas.

(photo DH)

Sur la pelouse une femme était étendue à plat ventre, les jambes écartées.

Je crus un moment qu'elle faisait la sieste, même si normalement personne ne mettait jamais les pieds dans le jardin interdit de l'immeuble (on se demandait d'ailleurs à quoi servait qu'un type vienne tondre l'herbe régulièrement, tout en faisant un boucan infernal). Etait-elle en train de profiter indûment d'une après-midi ensoleillée ? Mais il n'y avait ni livre ni magazine auprès d'elle.

Pour en avoir le coeur net, je descendis par l'escalier jusqu'au rez-de-chaussée (l'ascenseur était en panne une fois de plus). J'enjambai la clôture et me dirigeai vers la silhouette couchée dans l'herbe : un mince filet de sang dégoulinait de sa bouche. Je pensai immédiatement qu'elle était morte, je sortis mon téléphone portable, celui que j'avais volé il y a quelque temps sur un marché, et appelai la police.

Je remontai quatre à quatre chez moi. Avant que les flics n'arrivent (les sirènes des voitures de police américaine émettent une modulation stridente qui, contrairement aux françaises avec leur pin-pon rétro, évite que l'on puisse repérer précisément d'où elles viennent), j'enlevai et rangeai la deuxième chaise qui était de l'autre côté de la table en bois, près des jardinières et du basilic qui en sortait.

C'est vrai, elle commençait sérieusement à m'énerver, la prof de piano du quatrième : je l'avais invitée à venir prendre un thé sur le balcon (on se croyait déjà en été), et, de fil en aiguille, je lui avais dit que Beethoven me sortait par les oreilles, que je préférais Deep Purple, le ton avait monté. J'avais attrapé la fille par le colback et hop ! je l'avais balancée par-dessus bord. Elle avait fait un bruit mou en atterrissant, comme une fausse note.

Pour éviter toute suite désagréable, je lui avais montré, avant ce fâcheux incident, les beaux gants de jardinage que je m'étais achetés la veille chez Truffaut, et je les avais enfilés.

Je fermai la porte donnant sur le balcon. Le pigeon s'était envolé.


Dominique Hasselmann
 

En contrepartie de ce joli cadeau, j'ai choisi la vidéo proposée en date du 23 mai sur le blog du Chasse-clou comme thème du prochain appel de textes.

Consigne: écrire un texte n'excédant pas 4 000 caractères qui s'inspire de cette vidéo....
A envoyer à mon adresse e-mail (voir tout au bas de la page de ce blog) avant le 30 mai.

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Régine 25/05/2008 12:32

J'en ai des frissons dans le dos. Heureusement que j'habite une maison sans étages !

Désormière 24/05/2008 19:05

Quelle bonne idée !