Miguel Angel Sevilla, poète et dramaturge

Publié le par magali duru


Miguel Angel Sevilla né à Tucuman en Argentine, titulaire d'une thèse de philosophie dirigée par Paul Ricœur est poète et dramaturge. Il écrit en espagnol et en français.

Auteur de poèmes parus en revue (Artère, Esprit, Les Cahiers Bleus, Plages, Vagabondages, Nort-Information25 (Bruxelles), Piedra del Molino (Arcos de la Frontera et Madrid) ou chez l'Harmattan (Gamine des rues) il a aussi publié des recueils avec des plasticiens (François Bouillon, Ib Braase, uel Cano del Castro, Gérard Koch, Rosita Dewez Sancho, Gérad Zlostyskamien). 

Ses pièces de théâtre: Alice Droz, Emma Rosa Ada, Cléola substitution, Les fosses aux Loups,  Khadija vient à Paris sont publiées aux Editions de l'Amandier.

 La plupart de ses pièces ont été montées par la compagnie Nathalie Sevilla .


Il propose aujourd'hui aux lecteurs de ce blog ce poème, directement écrit en français.




J'ai feuilleté tes lèvres




1.



J'ai feuilleté le livre de tes lèvres et le livre à son tour a lu en moi chaque pensée


Surtout le silence de celles qui restèrent en dessous le silence et le langage


Comme si le livre de tes lèvres lisait comme les livres celui qui les écrit


Et soudain le jettent par terre et le piétinent avec le silence du langage



Fleur occulte de ses lèvres et toi dahlia de son sourire


Braise du prophète avec laquelle on brûla sa bouche


Brûle moi encore que ma parole est un diamant grâce à la flamme de tes yeux


Fleur occulte de ses lèvres et toi dahlia dont j'ignore les pétales



Je t'ai lu et relu dans le silence sans même savoir si tu existais


Ni si les cieux t'avaient déjà formée ou la bruine ou la brise


J'ai feuilleté tes lèvres avant de savoir quoi que ce soit et faire ta connaissance


Comme on feuillette un livre qu'on ne connaît pas, avec ses yeux, derrière la vitre de la belle librairie



2.


Je n'ai pas voulu que tu me quittes ni que la nuit descende par degrés jusqu'à mon cœur


Tu t'en allais charriant ta beauté comme un char de triomphe et de détresse


Je restais comme restent les esclaves les mains tranchées les lèvres qui saignent


Tu t'en allais et la pluie heurtait la façade des maisons et le vent griffait les arbres




Je t'ai rêvé comme dit-on vers l'oasis s'élance le troupeau que la poussière aveugle


Aveugle comme Œdipe cherchant pour tombe un tombeau de chair


Car la mort se défait dans l'amour et dans l'obscurité les corps sont palimpsestes


Et ce silence qui tombe de mes bras est à peine le murmure de l'absence de tes lèvres



Je t'ai vu dehors la pluie tombait ce qui te donnait un fond comme à Vénus


Quand elle surgit des eaux dans le tableau de Botticelli autant promesse que présage


Sort, damnation, et je tremblais ainsi que le fait soudain l'eucalyptus


Quand la vie l'agresse et voilà que son choix est de mourir



3.


J'ai voulu t'embrasser comme un clown trébuche et tombe à la renverse


J'ai vu l'image, ta beauté créait entre nous falaises et abîmes


Et plus que le silence une torpeur moite se collait à mon visage


Un tulle comme un étendard de maladresse embarrassait mes mouvements



J'ai voulu t'embrasser comme on feuillette les lèvres et les livres


Et jamais on n'achève de lire et de comprendre cela qui nous dévore


Le loup de la légende et celui du maquis et la forêt de chênes


Cependant que telle feuille vacille et que telle autre, de par la brise, voltige ou va tomber



J'ai voulu t'embrasser et je t'embrasse si mes mots sont de baisers


Et ce poème une sorte d'épitaphe comme si mes doigts déliaient ta chevelure


Après la mort du jour quand les arbres s'emplissent d'ombres silencieuses


Renvoyant le langage à son rôle de colibri, d'hirondelle, et de rumeur nocturne des ruisseaux




Miguel Angel Sevilla, 23/11/2006

 

 

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La compagnie Nathalie Sevilla présente les 15 et 16 mai Khadija vient à Paris au Théâtre 14.

 


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Ceux qui, comme Khadidja, iraient à Paris ce dimanche, peuvent aller écouter Miguel Angel Sevilla lire sa poésie au

Limonaire

18 cité Bergère Paris 9ème

M° Grands Boulevards

au cours du spectacle

Cabaret Soupe, carte blanche à Christelle Séry

Dimanche 18 Mai 2008 à 19h

Musiques, textes, danses et surprises

avec

Sarah Degraeve (danse)

Cécile Brossard (alto)

Sylvain Lemêtre (zarb)

Adrien Amey (saxophone)

 

Libre participation, réservation recommandée au 01 45 23 33 33 www.limonaire.free.fr


Commenter cet article

alain 14/05/2008 18:11

Très beau poème

amatou 14/05/2008 13:28

De très belles images Miguel et une forte émotion vous enveloppe.