Brigitte Giraud: L'amour est très surestimé.

Publié le par magali duru

 

L’amour est très surestimé.

 

Après 10 ans, tout le monde sait ça, non ? Et devine que c’est le but de toute une vie que d’arriver à faire avec. Ou plutôt sans.

Brigitte Giraud a éprouvé le besoin de le murmurer en 150 petites pages dont je ne sais pas tout à fait quoi penser. Certaines intentions sont touchantes, c’est vrai, grâce ou malgré ce petit air de  « ne pas y toucher » justement qui semble être le fin du fin de l’écriture « contemporaine ». La petite chanson triste pince souvent le cœur, au détour d’une image, d’une phrase, comme un accord de guitare adolescent qu’on entendrait à l’improviste, de l’autre côté d’une porte palière, en montant l’escalier d’un immeuble inconnu.

Léger, parfait en soi jusque dans son inachèvement.

Certes, un feu couve sous cette braise, on le voit rougeoyer. Passent ainsi, ombres plaintives et néanmoins people, Marie Trintignant et son Cantat désormais sans voix, mi-amant en deuil mi-assassin. Passe aussi, droit sorties de Chabrol, aussi désuètes que si elles étaient encore coiffées de tulle noir, la longue procession des veuves. Certes il est touchant, ce couple de quinquagénaires qui se blottissent l’un contre l’autre dans le nid vide d’où les enfants se sont envolés, elle est touchante, cette petite fille à qui on a volé sa mère et ses vacances d’été… C'est même le seul personnage qui crève l'écran par sa vérité! Certes, sous le feint détachement, sous la ouate du filtre, on flaire l’indignation de bon aloi, on suspecte le désespoir commun auquel on ne peut que compatir et adhérer.

Mais bon.

Comme chaque fois qu’on met en demeure le lecteur de faire plus de la moitié du travail, il y a un risque. Quand on lui dit : « Venez à moi, et apportez à ce que je dis, que je laisse exprès bien vague, la chair de votre identification, tranche de vie bien saignante, dans laquelle je remuerai le couteau pour vous dire ensuite, prenez et mangez » on peut tomber sur un bec. Le lecteur, (sale bête), bravant l’insulte de Béotien, rétrograde et provincial, peut se planter devant la série des « procédés » (anaphores, narration en « vous », en  « tu », en « on », généralisations... tout un catalogue d’atelier d’écriture), les désigner du doigt (non qu’ils soient mauvais en soi et comment s’en passer ? mais parce qu’ils prennent toute la place) et dire : « Allez, encore un effort… Et si, pour le même prix, tu nous racontais une HISTOIRE ?»

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Brigitte Giraud, nouvelles, L'amour est très surestimé, Grasset.

Quichottine, elle, a bien aimé.
Et la critique de Patrick, sur Calipso est lyrique.

Publié dans Lector in fabula

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Quichottine :0010: 31/08/2008 20:11

Merci !C'est vraiment gentil !

Solenn C 10/05/2008 07:13

D'accord avec toi, Magali, mais nous en avions déjà discuté. N'avions-nous pas conclu (en toute sincérité !!!) que notre époustouflante Emmanuelle Urien savait nous toucher plus encore (parfois dans le style direct à l'estomac) ?BIZ.

quichottine :0010: 08/05/2008 23:48

J'avais aimé... j'aime toujours, même si l'impresion de portion de vie est là. C'étaient des moments d'existence et je ne faisais que passer.

M agali 08/05/2008 23:57


Merci de ce petit passage ici, Quichottine, et de votre témoignage.
J'ajoute le lien vers votre critique au bas du billet.


joel 08/05/2008 19:36

Effectivement, raconter une histoire c'est toujours mieux, mais c'est plus difficile, il est vrai.

Georges F. 08/05/2008 17:44

Hé bé ! J'aime bien quand Magali devient méchante, heureusement que ce n'était pas moi qui passais à portée de fusil.Ô démon de la férocité cosororale, sors de ce corps !

M agali 08/05/2008 23:36


Méchante?
Pas du tout! Relis-moi, c'est plein de compliments et je les pense. Surtout en première partie.