Hommage à Frédéric H. Fajardie (Joël Hamm)

Publié le par magali duru



« Frédéric H. Fajardie, de son vrai nom Ronald Moreau, auteur de tendance gauche libertaire, anarchiste, né le 28 août 1947 à Paris, est mort le premier mai, à 19h 45, à l'âge de 60 ans... »

Un premier mai ! Alors que les lilas sentent si bon...La sécheresse de ce billet nécrologique augmente la tristesse ressentie à cette nouvelle.

 
Frédéric H. Fajardie était fils d'un industriel (de sensibilité socialiste) mais il ne prit pas sa relève, n'ayant  "jamais pu encaisser la mentalité bourgeoise". Il préféra ouvrir une boutique de bouquiniste pour défendre sa passion pour la littérature et pour garantir sa liberté.

 A la fin des années 1970, il fut un des initiateurs de ce que l'on a appelé le néo polar, avec des romans violents, subversifs, ancrés dans les milieux populaires. Auteur radical, engagé, sans concession, il a publié son premier roman, Tueur de flics, en 1979 (première apparition du Commissaire Padovani - cinq autres enquêtes allaient suivre)

 Tueur de flic  adopte un style ramassé, vif. Le récit est méchant, sans ornementations superflues. Ce style plutôt sec fut la marque de fabrique de Fajardie, au moins au début de sa carrière :  

« Gros con! Tu sais pas qu'un mec naturellement con qui lit quotidiennement un journal historiquement con devient organiquement con?"   dit le commissaire Nollet à propos du Parisien libéré.

Fajardie participa ainsi au renouveau du polar social français mais eut bien du mal à convaincre les éditeurs établis qui refusèrent tous Tueurs de flics . Il put le sortir finalement dans la collection Sanguine de la petite maison d'édition Phot'œil créée par son ami Pierre Mosconi, futur promoteur du néo-polar français.

Quelques mois plus tard, Fajardie enfonça le clou avec La Nuit des chats bottés (La petite Vermillon - La Table ronde).

Les critiques saluèrent le renouvellement du genre mais appréciaient rarement la brièveté et la violence de ses romans.

 Ce goût de la concision le mènera d'ailleurs à écrire plus de trois cents nouvelles. La première publiée étant, je crois, Le Loup par les oreilles, en 1980.

A partir de 1986, F.H.F aborde le roman historique avec Des lendemains enchanteurs. D'autres romans suivent : Un Homme en harmonie (1990) - analyse acérée de la Résistance française. Son roman de cape et d'épée Les Foulards rouges obtient un très grand succès (40000 ventes en grand format, 90000 en poche).

 Fajardie a également écrit plusieurs essais et pamphlets (dont Metaleurop, paroles ouvrières, 2003) et collaboré entre 1986 et 1991 à L'Humanité.

Engagement sans faille, énergie mais aussi tendresse caractérisent cet écrivain bouillonnant qui revint au roman noir en avril 2007 avec Tu ressembles à ma mort ...

Si vous n'êtes pas trop imprégné par les préjugés et les idées consensuelles qui grignotent les esprits actuellement, lisez Fajardie et découvrez son œuvre avec jubilation. Il vous vengera de toutes les complaisances politiques... Sous sa plume, les petits fachos de tout poil en prennent pour leur grade. Mais la violence utilisée ici n'est qu'une contre violence nécessaire...

 

A conseiller : Des lendemains enchanteurs, Chats bottés, Sniper, La Théorie du 1 %, Polichinelle mouillé, Clause de style, Un Homme en harmonie, Quadrige, Les Foulards rouges, Le Conseil des troubles.

 

Mise en garde : Attention, si vous commencez à le lire, vous ne pourrez plus vous arrêter.

 

Joël Hamm

 

Publié dans Lector in fabula

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joel 07/05/2008 19:25

Ne meurS pas....avec un S bien sûr, pas un t. S'il n'y avait que moi pour la respecter, l'orthographe serait morte depuis longtemps. Et pourtant, je fais des efforts.

joël 07/05/2008 12:01

Ne meurt pas Georges, tu ne seras pas sanctifié et nous avons envie de lire tes prochains ouvrages....Les nouvelles de Fajardie, je suis un peu d'accord. Mais certains de ces romans sont particulièrement ravageurs ou, au moins, déstabilisent utilement en provoquant une certaine jubilation qui, je l'avoue, ne touchera pas certains lecteurs philosophiquement et politiquement opposés aux idées développées par l'auteur

Georges F. 07/05/2008 11:24

Je le dis très vite, et je m'enfuis avant qu'on ne me jette des cailloux : j'ai acheté il y a quelques années le recueil de toutes les nouvelles de Fajardie. C'était lourd, ça m'a coûté cher. Mais j'ai pu le revendre, état neuf, chez Gibert : arrivé à la quinzième, j'avais craqué. J''avais l'impression de lire toujours la même nouvelle, avec simplement quelques changements de décor. L'mpression d'être pris pour un clou sur lequel le marteau doit taper, encore et encore, bien droit, bien fort, pour que tout soit bien enfoncé. Quant au style... Aïe, premier caillou ! Bon, si c'est comme ça, je ne dirai rien sur le style.Question annexe : y aurait-il des auteurs sacrés qu'il est défendu de ne pas aimer ? Quelles sont les démarches pour devenir un saint en littérature ? Suffit-il de mourir ?

M agali 07/05/2008 11:29


Fajardie, un saint? ça l'aurait bien fait rire... Ou vexé, peut-être!


alain 06/05/2008 19:37

J'aimais beaucoup aussi cet auteur. Il fait partie de l'histoire du néopolar français..