Appel à textes, les oiseaux: Christine Jeanney, Hitchcock et elle.

Publié le par magali duru

Voici l'un des textes qui nous ont été envoyés suite à l'appel à textes de l'atelier des Plumes alertes.

J'ai déjà présenté sur ce blog Christine Jeanney.

Elle nous raconte ses démêlés certain soir avec un Coq propre à donner des Démangeaisons....*

 




Histoire vraie (ben si) avec des plum

J'ai une vingtaine d'années, allez, je ne suis pas très finaude, ni très abîmée ni corrosive. Je suis jeune et seule chez moi, dans un chez moi qui ne m'est pas encore vraiment familier, un chez moi d'objets teigneux et querelleurs. Des preuves ? La machine à laver n'essore rien et la porte d'entrée ne se ferme qu'à coups d'épaule autoritaire. Il est tard. Si les ustensiles autour de moi paraissent endormis, c'est un leurre. Ils veillent. Ils savent peut-être ce qui va m'arriver avec leurs conversations inaudibles, le frigo qui mugit, la gazinière qui fait passer le mot à la cafetière qui se confie à la télécommande. Le piège est prêt et il va fonctionner.

Je suis avachie, lourde de ma grande jeunesse dans le canapé du salon. Ce soir et pour moi seule, la télévision va me donner du Hitchcock, celui des Oiseaux bien sûr. Cent vingt minutes d'épaules rentrées et de tressaillements, de sursauts et de frissons, d'yeux écarquillés et de souffle court. Lorsque le film s'achève, je suis un peu vacillante. A mes pourquoi il n'y a aucune réponse, aucune explication. Rien de sensé à quoi se raccrocher en éteignant les lumières, pas de logique pour s'orienter dans ce monde jusqu'à mon lit et mon pyjama, pas de réponse sous la couette et sur l'oreiller au moment d'actionner l'interrupteur de la lampe de chevet.
Je dors sous un velux. C'est magnifique, cette grande fenêtre carrée qui laisse rentrer le ciel et les étoiles. Comme la vie est belle et grande quand on a une vingtaine d'années, allez, pas très finaude, ni abîmée ni très corrosive non plus.

Ce soir là, et ce soir là seulement, parmi tous les soirs où je dormirai à cette place, parmi tous les soirs de toutes mes nuits de tous mes sommeils jusqu'à ce jour, ce soir-là, sur cette vitre de velux s'est posé un énorme pigeon. De temps à autre, il se retourne et grommelle ses roucoulements pour bien montrer son inconfort. Ses pattes griffues grattent le verre.
 Juste sous lui, je serre les dents sans dormir.

  Angoissants, les films d'Hitchcock, je trouve.

 

Christine Jeanney

Voir de magnifiques photos d'oiseaux (pas effrayants du tout!) sur son blog


* en anglais:

cock: le coq

to hitch: démanger

donc Hitchcock?

 

Bientôt, les oiseaux vus par Marie-Catherine....

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Coudert 28/04/2008 15:48

Bienvenue à ton "pigeon" dans la famille des bêtes à plumes ! négatif quand on se laisse abuser (pigeonner)mais autrement positif quand il qualifie notre décolleté (pigeonnant) !

Marie-Catherine 26/04/2008 19:48

*rire* (un peu jaune tout de même...;-) )

D.K. 26/04/2008 13:58

A l'occasion, il faudra que tu nous racontes ce qu'il t'es arrivé lorsque tu as vu les Dents de la mer ! ;-)

Georges F. 26/04/2008 10:35

Christine, c'est joliment et sobrement raconté. On le voit, ce pigeon. Sale bête.

amatou 25/04/2008 16:54

C'est toot-à-fait juste ces mauvaises coïcidences après la viosn d'un film tel que les oiseaux ! Brrr! Mauvaise nuit...