On peut ainsi en juger sur pie(d)ces.

dimanche 21 septembre 2008
aura lieu à Lauzerte
(Tarn-et-Garonne)
Place aux Nouvelles,
festival littéraire consacré à
la nouvelle
organisé par
la librairie Le Scribe (Montauban)
& la Médiathèque Pierre Sourbié
Vingt-cinq écrivains
débats, lectures,
dédicaces, ateliers d'écriture...



Peter Doig au Musée d’art moderne :
Quand la publicité vous montre du doigt le chemin de l’art …

J’ai été fascinée par cette affiche vue dans le métro : ce jeune Indien (qui ressemblait étonnement à mon fils Robin, chanteur de rock) tout seul sur un lac bleu marine dans son immense canoë orange, semblait m’attendre pour m’emmener en voyage… Un voyage que j’ai fini par faire (grâce au Musée d’Art Moderne de la ville de Paris) au pays de Peter DOIG.
Ce peintre britannique, né en Ecosse en 1959, a passé une partie de son enfance au Canada vit désormais à Trinidad. Cette exposition rétrospective de son œuvre nous vient de la Tate Modern de
Londres. Son parcours d’artiste nous emmène dans une « re-vision » de la nature, une vision qui réussit à alterner
une connaissance profonde et fulgurante de l’état sauvage et un regard innocent, qui glisse à la surface des choses. Le spectateur est sans arrêt dans ce
va et vient tourbillonnant, dans cet aller-retour d’un surnaturel qui se dérobe à un naturel qui se donne simplement à voir…ou le contraire.
Un regard en rapport direct avec la photographie, un agencement des prises de vue qui rappelle le cinéma : nous voilà en pleine modernité. On pense à Hopper ou à Munch… Et tout à coup une indécision, un flou, une vue transparente à travers les palissades et l’on n’est pas si loin des impressionnistes. Mais à quoi bon mettre des noms sur des références qui changent tout le temps ? La vérité est que Peter Doig nous plonge tout simplement dans un monde visionnaire et hors du temps.

Habitué des grands formats, il nous entraîne plus loin, plus loin encore : maison vide, grands espaces, lacs, paysage de neige. L’œuvre de Peter Doig n’est que voyage, dépaysement, aventure, road movie…et de ces immensités surgissent une silhouette dans un canoë orange, un homme seul, courbé, à peine esquissé, perdu dans ses pensées, ou encore un promeneur, de dos, marchant sous son ombrelle et nous voilà confrontés à la solitude, à la mélancolie, au drame humain universel.
Le travail des matières, des lignes qui fuient, l’intrusion de la lumière transfigurent la description, la transforment en vision. Je suis profondément troublée par cette œuvre singulière qui transporte sans cesse des frontières du réalisme à celles de l’onirisme.
Monique Coudert
(photo Saatchi Gallery)
Sylvie Lainé / Le Miroir aux éperluettes
Ce Miroir aux éperluettes est paru chez ActuSF, dans la collection Les trois souhaits, sous une couverture vert bronze (la couleur que je déteste le plus lorsqu'elle ne se trouve pas dans la nature) où se tordent de douleur des créatures cauchemardesques mi-hommes mi-arbres… Exactement le genre de livre que de moi-même je n’irais jamais acheter. Et pourtant !
Pour moi, SF= science-fiction, et de la science-fiction, je ne sais rien, ou quasiment, sinon qu'après une courte période adolescente où je dévorais Asimov, Stefan Wul, Tolkien et Bradbury, je
n’ai rien pu lire du genre pendant des années qui ne me soit tombé illico des mains. La seule idée de me tarter un Space Opera ou de la Fantasy me précipite dans un blocage analphabète, tout
effort de conquête de l’univers me fait pleurer sur le kérosène bêtement gaspillé et j’ai toujours trouvé ridicule à crever la greffe de sentiments humano-humains sur des créatures fluorescentes
et tentaculaires venues (et pourquoi donc ?) de lointaines galaxies pour nous étriper ou nous décerveler.
A part cette indignation écologique et ce rire nerveux, d’émotion, point.
Et puis j’ai découvert les nouvelles de Jean-Claude Dunyach (j’en parlerai un autre jour, il y faut un billet à la hauteur de mon admiration, cela ne s’écrit pas si facilement) et j’ai commencé à changer d’avis. Du coup, quand Jean-Claude m’a glissé l’autre jour dans la main ce petit recueil, six nouvelles bien pesées, 87 pages tout compris, en me disant : « C’est excellent », j’ai cru et j’ai lu.
D’un trait.
Et j’ai relu le lendemain, avec le même plaisir.
Et tiens, juste avant d’écrire ce post, j’ai encore dégusté une fois la première histoire, ma préférée,(bien que Thérapie douce et Rêve d’herbe soient aussi de petites merveilles) ),la splendide Bulle d’Euze. Il faut voir comment Sylvie Lainé renouvelle le topos increvable de la mystérieuse inconnue attablée au café qu’un jeune homme timide regarde de loin sans oser l’aborder...
Les cinq autres sont tout aussi fines, sensibles, intelligentes, maîtrisées. Mieux, émouvantes.
Car les mondes parallèles qu’elles évoquent ne sont qu’à quelques millimètres du nôtre. Je ne vais pas chipoter sur les genres, mais à mon sens il s’agit là davantage d’étrange, de fantastique à la Jean Ray, de merveilleux que de pure SF. Ajoutez-y une bonne dose d’humour, une écriture poétique mais poétique sans aucun effet de manche, toute en retenue, et cette façon discrète et miroitante de transfigurer le monde, de le faire basculer en douceur qui a de la grâce et frôle le génie.
Cerise sur le gâteau, pour ses 6 euros on a en prime la longue préface de Jean-Claude Dunyach, un essai lyrique et inspiré sur le Complexe de Wendy (ohé, les filles, ça change de Peter Pan…) qui se lit comme une septième nouvelle.
PS
Pour ceux qui se demandent ce que sont ces éperluettes, ou quelle peut être l'étymologie de ce mot, le délicieux article de Wikipedia.
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SCENE 1.
Dans le salon, mère et fille, face à face, les pieds sur la table basse, les orteils fraîchement vernis en train de sécher, bien étalés.
La fille, dans l’exaltation d’une péroraison :
…et c’est ainsi que Beau-de-l'air nous entraîne, avec cette Invitation au voyage dans une aventure amoureuse mais aussi intérieure, dans un univers dont la magie tient à la beauté des images et de la musique, hymne à la femme aimée, aux tendres accents de barcarelle.
La mère, (rapprochant son nez des notes qu’elle faisait réciter) :
Attention, -rolle !
La fille, levant les épaules et les yeux au ciel :
Quel rôle ? T’es pas dans le groupement sur la littérature engagée, là, c’est le lyrisme ! Y a pas le topo sur le rôle de l’écrivain !
La mère, prise de fou-rire :…RO…ROLLE ! pas –« relle » ! bar…bar….
La fille : Ça, tu l’as dit ! C’est barbant à mort, ce truc, et il y en a 28 comme ça, parce que, bien entendu, tu vas foutre la pression pour que je les fasse tous…
La mère, toujours pliée de rire : Barcarolle ! Tu vois l’effet si tu termines sur un truc pareil ?
(Elle s’arrête, prise d’un doute) Au moins, tu sais ce que c’est, une barcarolle ?
La fille : Ecoute, j’en ai rien à foutre, moi, c’est un truc du prof, course de gondoles sur les canaux, sans doute…
(geignant)
Bon sang, je ne vois pas pourquoi je ne ferai pas comme Robin, il a appris à fond Candide, sur l’auto-da-fé et il s’y tient. Il va avoir un max sans avoir rien branlé en classe de tout l’année. Il est tellement paresseux qu’il change même pas la cassette de son walkman. La fois où on a eu trois heures de maths parce que le prof rattrapait la grève, il a écouté la même dix fois en boucle !
La mère, ton artificiel de qui se force à la patience : Mais tu ne peux pas faire une impasse pareille. Tu vois les chances qu’il a de tomber dessus ? C’est infime !
La fille, soudain effondrée : Je l’aurai jamais, le bac, je l’aurai jamais…
La mère, au bord des larmes elle aussi : Mais si, voyons, avec la tchache que tu as, je ne m’inquiète pas…
La fille, se redressant subitement, prise d’une sorte d’hallucination : Et si je tombe sur Sartre, hein, si je tombe sur Sartre !
(d’un air de résignation indignée et farouche) Alors, là, je les lui coupe et je les lui fais bouffer !
La mère, frissonnante d’une horreur grunge, puis reprenant son sens de l’humour: Dis donc, ça risque de pas être évident, parce que les profs, en majorité, c’est des femmes ! ….
La fille, à peine consciente de l’interruption :De toute façon, c’est sûr, si j’ai Sartre, je pète un boulon !
La mère, tentant de revenir à plus d’efficacité : Bon, alors, tu me récites Rabelais, maintenant, c’est ce qu’on avait prévu.
La fille : Ah, lui, faiche, alors ! J’arrive jamais à dire « statologique » !
La mère, didactique et résignée : sca- to- lo- gi-que… Un petit Montesquieu ?
La fille : Ah, non, pas ce boulet ! Je le zappe.
La mère : Comment ça, tu le zappes ?
La fille : J’ai rien de rien sur lui, la prof s’est plantée, elle l’a mis sur la liste, mais on l’a jamais vu en classe.
La mère : Mais si tu…
La fille : Arrête de flipper, Maman, je vais demander les axes par texto à Kamel. (Elle s’empare de son portable.) Ses sept grands frères, y z’ont tous eu une mention au bac, alors depuis qu’ils stockent, les Abdellakaderaouiche, il a le “ best of ” complet.
La mère : Honnêtement, huit jours avant…
La fille : Chut, tu me fais tromper, je viens de lui filer un smile au lieu d’un bad ! Ah, voilà !
(Le téléphone fixe sonne.)
La mère : Allô ?
Voix de Lavinia : Je peux parler à Mélodie ?
La mère, filtrant, du sucre dans la voix : C’est de la part de qui ? (plus fort) Ah ! de Lavinia ! (Elle attire l’attention de sa fille en moulinant le téléphone)
(La fille fait de grands gestes de dénégation avec la tête tout en tripotant le portable)
La mère : Euh, non, pas pour l’instant, elle est sortie…
Lavinia : Voilà, c’était parce que…Je ne sais pas si vous êtes au courant, c’est pour l’oral, je passe demain matin…Euh, c’est vrai qu’il faut juste répondre à la question du prof, cette année ?
La mère, pince-sans-rire : Ben, d’ordinaire, c’est préférable.
Lavinia : Enfin, je veux dire, c’est vrai que c’est pas la peine de faire un commentaire ? Les notes qu’on a prises en classe, finalement, ça sert à rien, quoi ?
La mère, levant les yeux au ciel : Si tu as des notes, toi, tu as de la chance !
Lavinia : Justement…Herbert Berguert, c’est un type vachement sympa comme prof, il a même remplacé un cours pour qu’on puisse aller au concert de Black Sunday, mais il plane un peu, alors, des fois, moi, je ne comprenais pas trop ce qu’il disait, ce qui fait que des notes, j’en ai pas des masses…
La mère, ton du médecin de garde au standard du SAMU : Ecoute, tu prends le titre du groupement, et ça devrait t’aider à creuser toi-même tes textes et à prévoir la question du prof.. Suivant le titre, tu démontres que c’est un poème lyrique, un essai, un manifeste…
Lavinia: Oui, mais les manifs, j’y suis pas trop allée, cette année, à cause du bac, justement… Enfin, merci, Madame, je vais envoyer un texto à Kamel.
Vous dites à Mélodie de me rappeler, hein ?
(Elle raccroche)
La fille : Ah ! Il a répondu tout de suite. Il est trop trop gnon, Kamel ! Dis, Maman, j’ai trop pas le temps, alors je te file le texto et toi, tu me fais un truc détaillé, avec les citations ?
La mère : Vraiment, tu exag…Enfin, si tu as les axes…Mais, c’est quoi, ça ? (Le nez sur le mini- écran du portable, lisant en phonétique.)
Mont.1) satirsoce.2) lexdumor.
La fille : Sais pas…Satyre ? Mais c’est vicieux, ce texte! C’est con qu’on l’ait pas fait en classe s’il y a un satyre !
La mère : Mais, non ! "Satire", c’est une critique !…Bon, alors, la “ soce ”, c’est la société.
Mais “ lexdumor ” ?
La fille, enthousiaste : La petite amie du pervers, avant qu’il crève?
La mère : Dis donc, il est pas obligé d’abréger comme un sauvage, ce Kamel ! Qu’est-ce qu’on fait de ça ?
La fille : Eh, attends, il vient de m’écrire qu’il doit filer tous les plans à Lavinia qu’a rien capté, en général, il file pas tout, mais elle passe demain.
La mère : Ah, “ lex ”., c’est l’exemple !…Mais du mort, je ne fais rien…
La fille : Ecoute, je te laisse découper le cadavre, mamounette chérie, mais sois sympa, fais vite !
La mère : Attends, là, ne pars pas, c’est quoi, le titre du groupement ?
La fille : Sais pas… Ah voilà “Philosophes et moralistes des Lumières ”.
La mère : Je vois ! « Mor ” pour moraliste ! L’ “ ex ” du “ mor ”, c’est l’exemple du moraliste !
La fille, les yeux ronds : Eh, ben, si ça t’éclaire, c’est parfait ! Bon, je te laisse. Ecris gros, hein, sinon je ne te déchiffre pas !
SCENE 2 : La fille, allongée sur son lit constellé ainsi que le sol d’une multitude de boulettes de papier brouillon. Elle raccroche le téléphone au moment où la mère arrive avec l’aspirateur.
La fille, dans un long hurlement : Môôôômâââân !
La mère, sursautant : Quoi ?
La fille : Non, mais je rêve ! J’hallucine ! Mathilda, tu sais sur quoi elle est passée, ce matin ?
La mère, qui interrompt le geste de brancher l’aspirateur : Non ?
La fille : Cette truie ! Sur Michaux ! Non, mais le pot ! Le truc dément où tu peux partir en « live » pendant 40 minutes, si tu veux, total délire…Et elle, au lieu de se cacher d’avoir tant de cul, elle vient me pleurer qu’elle avait fait l’impasse dessus.
Alors, tu sais ce qu’elle a fait ?
La mère : Une impro ?
La fille : Elle a pété un bouton !
La mère : Heu ? Elle a pété un boulon ?
La fille : Non, elle a pété un bou-ton ! Un bouton de son chemisier !
La mère: ??????
La fille : C’est ce qu’elle fait toujours, quand elle sait pas, en classe, avec le prof d’histoire, elle commence à déboutonner son chemisier, et là, au troisième bouton, le bouton a pété et il a sauté à la tête du mec, parce qu’elle, en plus, elle est tombée sur le 1%…
La mère : Le 1% ?
La fille : Le 1% de profs mecs…et le type, il l’a pris dans l’œil, et il lui a dit : “ Bon, ça va, Mademoiselle, ça va ” et elle s’est même pas fait charcuter pendant six minutes, à l’entretien !
SCENE 3 Penchées à la même table, mère et fille travaillent. La mère renoue avec émotion avec Laguerre des Mitards ; la fille, dont les lèvres remuent dans un murmure, apprend ses notes comme des prières. Moment de grande douceur et de complicité.
La fille, rêveusement : Dis, dans le Godot, l’histoire de la chaussure qu’il arrive pas à enlever, c’est le petit c du grand B de l’axe I ?
La mère, sans cesser d’écrire : Pourquoi ? …
La fille : Parce qu’en grand II , grand A, petit c, 3°), on le cite aussi ? Mais pour montrer le côté clown ?
La mère : Et après, on voit la métaphore…
La fille ravie de compléter : … de la souffrance humaine…(soupirant de soulagement, elle s’étire, féline) Aaaah…On l’a eu, celui-là, hein, Maman, on l’a bien eu !
La mère, ronronnant de contentement elle aussi : C’est vrai, je le sens bien, celui-là…
(Elles soupirent d’aise, ensemble.)
SCENE 4. Dans la voiture, sur la rocade,, direction du lycée de la banlieue d’une grande agglomération, banlieue diamétralement opposée à celle où vivent la mère et la fille.
La tension dans la voiture est à son comble.
La fille, à l’agonie : Aaaaaaaargh, arrrgh, j’ai tout oublié…
La mère, paniquée par le traffic sur la rocade : On sort où ? A la Cépière ?
La fille, à l’agonie : J’en sais rien, arrrgh, aucune idée…
La mère, qui vient de changer de file trois fois pour gagner une demi-place, jetant des regards affolés alternativement dans le rétroviseur et sur le plan que tient la fille avec des mains trop tremblantes pour permettre la lecture :
Ecoute, tu es venue pour l’écrit avec Papa, essaie de te rappeler…
La fille : Sais plus …Je crois… (hurlant soudain) Et si j’ai Sartre, et qu’on me demande si je l’AIME ? Je dis quoi ?
La mère, évitant de justesse un camion et s’engageant sur la bretelle de sortie :
Bon sang, il faut prendre Les Pradettes ou Saint-Cyprien, là, maintenant ?…Eh bien , tu nuances, tu dis que tu admires la puissance polémique de l’écrivain engagé, mais que, toi, tu ne trouves pas honteux qu’un poète consacre sa vie…Je vais prendre Les Pradettes, Saint-Cyprien, ça doit être côté ville, vu qu’ils indiquent le métro…à chercher un langage nouveau, qui lui permette d’ex…Quoique, le métro, il va aussi de l’autre côté, je suppose ? …d’exprimer... Bon, au pif, Les Pradettes…ses sentiments sans autre engagement….
La fille, quasi mourante : La puissance bolémique…bolémique...
beau les nique ? c’est pas un peu familier, ce truc-là ?
La mère, par pur réflexe : po…, pas bo…(Elle renonce à critiquer, par égard pour le mascara de sa voisine, dont elle n’est pas sûre qu’il soit waterproof. Peine perdue, d’ailleurs, car la fille se met à sangloter doucement.)
La fille : De tout façon, j’ai tout oublié…(Soudain revigorée) C’est là ! Le grand hangar pourrak, là ! Je reconnais.
La mère, ravie d’éviter l’explosion de justesse : Alors tu me mets un coup de portable, dès que tu as fini et je reviens te chercher…
(Elle se penche, dans son incurable naïveté, pour une bise d’encouragement, qui tombe dans le vide.)
La fille, se rue hors de la voiture :
O.K, surtout, ne sors pas, Maman, Je vois Merlin et Lavinia au bout du parking, ne sors pas, NE SORS PAS !
SCENE 5 : Trois heures plus tard.
La mère, arrivant sur les chapeaux de roue, ouvrant la portière à la volée : Alors ?
La fille, volubile : Ouais, ben, j’ai eu De Gaulle, alors je lui ai fait tout le machin, l’hyperbole, le rythme ternaire, l’envolée oratoire, qu’il insouffle l’espoir aux Français…
La mère : …suffle..
La fille : ..insiffle ? Ah, bon ? (changeant de couleur) C’est grave ?
La mère : Non, non, continue, c’est un détail…
La fille, de nouveau ravie et soulagée :…. l’allusion implicite à Pétain, la célébrité de De Gaulle, que même maintenant toutes les places portent son nom, et après, j’ai eu en question d’entretien sur l’engagement de l’écrivain, elle m’a demandé le texte que je préférais, alors, je ne sais pas ce qui m’a pris, tu sais ce que je lui ai sorti ? Sartre! Je lui ai dit, Sartre ! et je lui ai débité tout le truc sur le beau-les-nique, ça a eu l’air de vachement trop lui plaire, sauf qu’elle, elle dit pas “bolémique ” comme toi, mais “ polémique ” Mais c’est pas grave, hein, si tu t’es trompée, tu m’as trop bien aidée pour le reste, Maman, trop bien…
(Elle lui fait une petite bise sur la joue)
Par contre, par contre…
La mère, craignant le pire : Par contre ?
La fille :Pour les proba, il va falloir que tu révises !
La mère : Pourquoi ?
La fille : Parce que Robin, devine ce qu’il a eu…
La mère, qui en lâche le volant: Non ! Pas Candide ?
La fille : Si ! Et il vient de passer quinze jours à la piscine ! Il est hyper trop bronzé, et moi, à réviser comme un bœuf, j’ai pris deux kilos, j’ai l’air d’une endive en soufflé. (minaudant) Mais, bon, c’est quand même un beau thon, ce Robin…
La mère, assourdie par le vacarme des camions qui klaxonnent après son embardée: Bouton ? Bouton ? Mais s’il a eu Candide et qu’il savait son commentaire, pourquoi il a pété un bouton ?

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